Environnement : l’étrange paralysie de l’humanité

«Si rien n’est fait pour limiter le réchauffement, la planète et l’humanité auront atteint un point de non-retour à la moitié du siècle, dans laquelle la perspective d’une terre largement inhabitable entraînerait l’effondrement des nations et de l’ordre mondial » déclare le chercheur australien David Spratt (Existential climate-related security risk: A scenario approach, mai 2019, https://www.preventionweb.net/publications/view/65812).Cela paraît tellement énorme qu’on se refuse de le croire. Et pourtant ! J’ai récemment retrouvé deux ouvrages de scientifiques datant l’un de 1962, l’autre de 1965...

Tous deux dénonçaient, voici un demi-siècle, la trajectoire suicidaire mise en place par l’humanité au nom du confort, de la facilité et de l’insouciance. Le titre du premier livre : »Le printemps silencieux». Silencieux, car les pesticides accumulés le long de la chaîne alimentaire empêchaient les oiseaux de former des coquilles dures pour leurs œufs, si bien que ceux-ci ne supportaient pas d’être couvés. Auteure : la biologiste américaine Rachel Carson.

L’autre est intitulé : «Avant que nature ne meure, pour une écologie politique». Auteur : le professeur de sciences naturelles Jean Dorst, un des plus grands naturalistes de son temps. Il annonçait rien de moins que l’effondrement de la biodiversité. Une dizaine d’années plus tard, le Club de Rome calculait pour les années 2020-2030 des pénuries majeures de ressources.

Tout ce qui a été annoncé alors est en train de se réaliser sous nos yeux, avec une population mondiale largement doublée et donc un facteur d’adaptabilité bien moindre. La trajectoire fatale n’a pas pu être corrigée ou si peu.

L’informatique dont le caractère dit immatériel se révèle une vaste tromperie continue de cartonner, tout comme l’aviation, la navigation maritime avec des bateaux toujours plus grands, le trafic routier, la destruction de la fertilité des sols, la surpêche des océans, la diffusion universelle de polluants, la perte massive de biotopes, les émissions de gaz à effet de serre et l’épuisement des ressources minérales, la raréfaction de l’eau potable...

Ce n’est pourtant un problème ni de technique ni de modèle d’affaires. Réparer plutôt que jeter, fournir des énergies renouvelables plutôt que du fissile et du fossile, généraliser des bâtiments positifs, le commerce équitable et l’agro-écologie, remplacer la recherche de l’obsolescence par la mise en valeur de la durée de vie sont autant de sources de rentabilité (raisonnable) que les modèles fonctionnant sur le court terme et la fragilisation écologique et sociale.

Mais les gouvernements se refusent à changer les conditions cadre de l’économie ;les lobbies du profit gagné non pas sur la protection des bases de la vie, mais sur leur destruction sont vent debout contre tout changement de cap. Au mieux, ils acceptent que dans des marchés de niche quelques happy few fassent sur une base purement volontaire autrement - alors que ce sont justement leurs bonnes pratiques qu’il faudrait urgemment généraliser.

Pire, de plus en plus d’Etats optent pour la démocratie dite illibérale : pays de l’Est européen, Turquie, Egypte, Inde, Brésil, Russie, séduits par la dictature et les « hommes forts » et des pays comme la Chine ou l’Iran deviennent des références positives.

Seraient-ce au moins des dictatures "éclairées", écologiques, imposant le bien commun ? Non du tout, une accélération de la course à l’abime, à l’exemple du triste clown Trump avocat du charbon, véritable criminel contre l’humanité. Et ainsi ils préparent la guerre de tous contre tous. Le collapse s’annonce ainsi en termes de gouvernance avant même d’être écologique... Ainsi, pendant que l’Europe s’apprête à connaître la pire vague de chaleur de son histoire, les Anglais se déchirent sur le Brexit !

Voici bientôt 20 ans Jacques Chirac résumait la situation : « La maison brûle mais nous ne faisons rien », et fournissait le meilleur exemple de ce comportement schizophrénique. Ne nous laissons pas contaminer par l'étrange paralysie de l’humanité et faisons chacune et chacun ce que nous pouvons, ce sera notre contribution.

Commentaires

  • Parlons un peu de l’étrange paralysie des anthropes qui se disent soucieux d’environnement, mais que les chiffres qui suivent laissent indifférents.


    La 1ère étape d'extension souterraine de Cornavin nécessiterait l'évacuation de 450'000 m3 de terre. Il faudrait pour évacuer cette masse de terre 40'000 voyages de camions de 40 tonnes.
    La 1ère étape serait suivie 5 ans plus tard d'une seconde, de 350'000 m3, nécessitant 30'000 voyages!
    En tout 800'000 m3, 70'000 voyages de poids lourds.

    La construction de la 1ère étape d’extension souterraine de Cornavin émettrait environ 560'000 tonnes de CO2.
    La construction de la 2ème étape d’extension souterraine de Cornavin émettrait environ 340'000 tonnes de CO2.
    Les deux étapes d’extension souterraine de Cornavin dégageraient ensemble 900'000 tonnes de CO2.

  • Monsieur Longet, je n'ai pas souvenir de vous avoir lu nulle part sur les projets Weibel. Je serais ravi de découvrir que je suis mal informé. Mais si ce ne devait pas être le cas, alors je dirais que vous êtes parfaitement inconséquent et donc insignifiant dans votre discours.

  • Mon sentiment est que vous êtes un écologiste qui a une seule préoccupation, l'écologie Vous avez une vision à tort ou à raison de ce qu'on doit faire. La politique est un moyen d'alerter, mais vous n'êtes pas politique, juste écologiste.

    Les Verts malheureusement font une tambouille socialiste+écologie, ce qui nuit à 'avancée de l'écologie. Ils ont perdu leurs repères.

    Les nouveaux quartiers bétons est un concept très socialiste. Beaucoup, construire, le plus vite possible, pour abaisser les loyers.
    Un écologiste aurait pensé à la qualité de vie parce que celle-ci implique non seulement l'absence de poison dans nos vie (pollutions, pesticides), mais aussi un environnement quotidien positif pour l'humain.

    La gauche se focalise sur les minorités. Aider les gens qui vivent dans un environnement qui favorise la dépression, qu'elle efficacité!

    Quant à l'écologie avec une concertation mondiale, je n'y crois pas. Il ne faut pas rêver et se concentrer sur la Suisse.

    Les "vieux" écolos devraient se remettre en scène, la nouvelle génération est une catastrophe.

  • Les esquisses de M Weibel sont une chose mon article une autre. Merci de réagir à ce qui y est dit et de ne pas botter en touche avec autre chose juste pour faire diversion.

  • Je pense au contraire qu'on est en plein dans le fond du débat et c'est pas le style de la maison que de faire diversion.
    Car l'environnement est un. La Terre. Et il s'agirait déjà de commencer dans son petit coin, par des gestes simples.
    Le commentaire de M. Weibel a le mérite de reprendre votre thématique en faisant la démonstration par ce biais d'une des incohérences de nos autorités qui s'apprêtent à dépenser plusieurs milliards, qui seraient très utiles ailleurs comme par exemple dans un contournement complet de la ville afin de la libérer des transports individuels motorisés, alors qu'on peut faire mieux avec beaucoup moins.
    Et j'observe que c'est plutôt vous qui faites diversion en ne répondant pas à ma question sur votre positionnement dans ce dossier.
    Enfin, je considère les blogs comme des lieux de discussion. Si vous avez le mérite de ne pas censurer des propos qui vous incommodent, ce serait encore mieux d'assumer le débat sans le circonscrire à des éléments strictement et directement liés à votre billet.

  • "Ne nous laissons pas contaminer par l'étrange paralysie de l’humanité et faisons chacune et chacun ce que nous pouvons, ce sera notre contribution."

    Eh oui, c'est pas très ambitieux, mais c'est un début concret qui devrait vous inspirer pour alerter vos réseaux sur ce scandale du projet officiel pour dégager le noeud ferroviaire de Genève. Et vous n'allez pas vous faire des amis.

  • Monsieur Longet, vous commentez ainsi ma réponse : « Les esquisses de M Weibel sont une chose mon article une autre. Merci de réagir à ce qui y est dit et de ne pas botter en touche avec autre chose juste pour faire diversion. »

    Monsieur Longet, le titre de votre article est « Environnement : l’étrange paralysie de l’humanité ». Constatant votre paralysie quant à la lourde question environnementale que posent les projets officiels pour Genève ferroviaire, je la juge étrange. Mon commentaire réagit donc précisément au titre de votre note. A moins que vous ne vous jugiez pas partie de l’humanité ?

  • "botter en touche"
    C'est une de stratégies essentielles au football et à la politique. L'activité de Monsieur Longet est plus proche de ces derniers que des premiers.
    Quand à Monsieur Weibel, il a dû s'endurcir pas mal pour trouver l'énergie de persister dans ce qui est devenu une véritable croisade (sans sa dimension religieuse, bien sûr).

  • Vous bottez en touche et censurez...? Comme Holenweg.

  • Cher Monsieur Lefort
    Je suis comme tous les blogueurs responsable de publier ou non les commentaires reçus, c'est un rôle d'éditeur. Je ne publie par principe pas, en particulier, les commentaires insultants pour des tiers.

  • M. Longet, j'ai une question : Combien y a-t-il de voitures en Suisse toutes équipées de pots catalytiques et passant régulièrement la visite pour continuer de circuler ? Maintenant, combien y a-t-il de voitures avec les mêmes équipements et mêmes contrôles dans les pays africains, sud-américains, asiatiques ou en Inde et sous-continent indien ? Je pense que les khmers verts devraient penser à ce combat plutôt que d'em...der les citoyens suisses !!

  • «Si rien n’est fait pour limiter le réchauffement, la planète et l’humanité auront atteint un point de non-retour à la moitié du siècle, dans laquelle la perspective d’une terre largement inhabitable entraînerait l’effondrement des nations et de l’ordre mondial »
    Désolé, mais je ne suis pas du tout d'accord. Le réchauffement ne menace pas la planète. La planète était beaucoup plus chaude durant le mésozoïque que maintenant avec certains animaux beaucoup plus grands qu'actuellement (seule exception: les baleines). C'est dire que la nourriture était bien plus abondante (surtout sur terre) que de nos jours avec des continents et des océans en partie couverts de glaces. La végétation atteignait pratiquement les pôles avec des gradients de températures bien moins importants qu'actuellement.

    Non ce qui menace la planète, c'est la pullulation humaine. Quel âge avez-vous? Dans la soixantaine je suppose. Cela veut dire que le temps de votre vie, la population humaine a TRIPLÉ, passant de 2,5 milliards à 7,5. Et c'est l'être humain qui menace non pas "la planète", mais la vie des autres animaux et des plantes par la pollution, la prédation et la destruction des écosystèmes. Car l'homme se croit dieu, tout puissant, alors qu'il n'est qu'un imbécile. La cause de cette imbécilité: les monothéismes: croissez et multipliez, soumettez la nature (au lieu de s'en faire une alliée). Par appât du gain on est prêt à tout détruire. Un animal ou un végétal mort a plus de "valeur" qu'un animal ou un végétal vivant.

    La solution? Il n'y en a pas. Hormis un changement de société qui impliquerait une révolution radicale. D'abord dans les mentalités. Car nous vivons dans une société marchande et spectaculaire, de plus en plus sous le contrôle de ceux qui décident. L'être humain n'accepte de changer son comportement que sous la contrainte. Il n'y a qu'à entendre les hurlements lorsque:
    - une loi de protection du paysage est proposée;
    - il faudrait limiter la population (sans immigration, la population suisse diminuerait...);
    - les insultes fusent contre les écologistes traités de "khmers verts";
    - on évoque une décroissance démographique ET économique.

    Pas touche à mon confort semble être le cri de ralliement de ceux qui veulent que rien ne change.

    Même les jeunes qui se mobilisent "pour le climat" (fausse raison, ce n'est pas un changement climatique qui est dangereux), combien seraient prêts à délaisser leur téléphones portables? Pas un sur cent, j'imagine. De telles contradictions mènent dans une impasse.

    Je vois que vous croyez encore qu'il existe des pays démocratiques. Alors que le pouvoir est verrouillé par une clique qui dispose de plus en plus du monopole de la propagande et pratique la même politique quel que soit le parti désigné.

    Plus il faudra nourrir d'êtres humains, plus la faune et la flore seront menacées.

    Ayez le courage de proposer et de militer pour un bilan migratoire nul (comme le Japon) et une décroissance démographique et économique.

  • Au lieu de parler, passons à l'action concrète au quotidien sans attendre des autres. Nos politiciens sont lamentables à l'exemple du Conseil d'Etat fribourgeois qui vient de faire une sortie modeste de 3 jours à Londres en avion avec le motif que c'est moins cher que de rester en Suisse. Les jeunes vont-ils aller manifester devant leurs bureauxx
    Changeons-nous et changeons le monde. Elargissons la place de la philosophie. Développons notre esprit critique. Stoppons le politiquement correct et l’autocensure. Ne craignons pas de quitter le moule de l’éducation nationale pour grandir.
    Socrate n’a pas écrit une seule ligne de sa vie mais son invention, la philosophie, est toujours source de progrès. Le Forum et la Cité se sont élargis. Tout peut aller vite si nous investissons dans l’éducation. Nous sommes tous nomades et connectés. Google est la cinquième puissance du monde. Windows, Apple, Samsung, les GAFAM sans armée, sont les nouveaux colonisateurs, les nouveaux missionnaires. Avec le pouvoir de l’esprit, comme Gandhi et Mandela, nous pouvons changer les lois, les habitudes, les croyances et infléchir les plus grandes puissances politiques ou économiques. C’est Steve Jobs qui a dit sans rire : «Ne soyez pas prisonnier des dogmes qui obligent à vivre en obéissant à la pensée d’autrui.»
    La Suisse peut être un laboratoire social et prendre des risques pour investir dans des choix de ruptures. Les gauchistes n’ont pas le monopole du bien. Les capitalistes ne possèdent pas la vérité.
    Reprenez votre liberté. Entreprenez ! Innovez ! Que la force soit avec vous.
    Narcisse Niclass à Nierlet-les-Bois

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