Votations cantonales du 24 novembre Aéroport, pesticides, déclassements, quels choix pour notre territoire?

Tout d’abord l’aéroport. A première vue, les différences entre l’initiative et le contreprojet peuvent apparaître faibles. Mais à y regarder de plus près, ce sont véritablement deux ordres de priorité qui s’affrontent.

L’initiative met en avant le caractère désormais urbain de l’aéroport, entouré au fil des décennies de zones d’habitation et d’activités. Il faut avoir vu les avions en phase d’atterrissage survoler à peu de mètres de hauteur un stade de foot, un atelier ou une route pour voir qu’une intensification des vols n’est pas tenable. Le contreprojet n’évoque rien de tout cela, mais parle des « besoins » en desserte aérienne de la population, des entreprises et de la Genève internationale.

L’opposition bien connue entre le local et le global, l’individu et l’économie ? Vraiment ? A l’heure du changement climatique qui s’accélère, qui oserait accrocher l’avenir de toute une économie, de tout un canton à un mode de transport qui devra tôt ou tard être strictement rationné pour qu’il puisse encore être utilisé quand on en a vraiment besoin ? En réalité, l’intérêt des riverains et l’intérêt de tout le canton convergent : pour assurer un avenir à l’aviation, il faut fortement la limiter et tout faire pour en dépendre le moins possible... L’initiative « Reprenons en mains notre aéroport » en donne le moyen, le contreprojet veut au contraire donner une priorité à une demande qui n’est plus de saison. 

Passons aux pesticides, autre sujet de forte préoccupation. Le parlement cantonal nous a concocté un ajout à la constitution cantonale visant à « une limitation drastique des produits phytosanitaires à Genève ». Drastique, nous avons bien lu. La brochure explicative officielle explique que « le monde agricole est conscient de cette réalité et développe depuis de nombreuses années des mesures de production intégrée et biologique. (...) La loi soumise en votation vise à réduire les risques liés à l’utilisation des produits phytosanitaires, ce qui impliquera de privilégier les produits les moins impactants, les plus spécifiques et avec le moins d’effets secondaires possible ».

Fort bien, et la brochure d’évoquer le plan phytosanitaire fédéral et son complément cantonal : « une stratégie cantonale, complémentaire au plan de réduction des risques de la Confédération, a été élaborée dans ce but et est d’ores et déjà engagée ». Excellent, mais où peut-on la consulter ? Alors que le texte fédéral est très facilement trouvable sur le site internet de la Confédération, aucun moyen de se procurer le document genevois, pourtant édité par le Canton voici bientôt deux ans. Rien ne saurait justifier pareille cachotterie, qui ne peut que semer le doute sur la volonté d’appliquer la « limitation drastique des produits phytosanitaires » annoncée.

Enfin, deux enjeux d’aménagement du territoire. Au Grand-Saconnex, voulons-nous déclasser 12 ha de terre agricole au profit de 90000m2de bureaux et du sport ? Et au Petit-Saconnex, voulons-nous densifier un quartier pour réaliser 200 logements ?

Les besoins sont affirmés, mais la question sous-jacente se fait de plus en plus lancinante : quel est le sens de ce développement constant de Genève, alors qu’on ne cesse d’invoquer le soutien à la production agricole locale et la promotion de la biodiversité ? Ces deux votes référendaires seront donc à apprécier aussi sous cet angle et un coup d’arrêt est plus que tentant. La tendance universelle de vider les campagnes et de remplir à ras bord les villes est-elle vraiment l’avenir que nous voulons ? Ces deux questions locales prennent ainsi une dimension plus globale.

 

 

Commentaires

  • Et que dire des deux entreprises spécialisées dans l'arnaque sur les "parfums" et "arômes" synthétiques poisons qui embaumes la moitié du canton de Genève ?

  • Le contre-projet à l’IN 163 se focalise sur l’Economie., passant sous silence la notion d’équilibre prônée par l’Initiative 163. Or, une Économie respectueuse de ses acteurs ne devrait pas avoir besoin de faire voyager ces derniers au-delà de 22:00. Chacune et chacun a le droit de pouvoir dormir suffisamment et dans de bonnes conditions pour être en forme le matin à son travail. Et ce respect s’applique également aux riverains. Pour rappel, l’OMS, dont le siège est à Genève, préconise 8 heures de sommeil continu.

  • Avant la mise en service du Ceva et du tram Genève centre/Annemasse centre, il faudrait, mais c'est un peu tard, se pencher sur le désastre annoncé, du commerce de détail genevois qui va prendre une très grosse claque dans moins de 30 jours! Comment peut on imaginer un commerce transfrontalier avec 2 monnaies aussi différentes que l'euro et le franc! On va très vite voir l'effet catastrophique sur le chiffre d'affaire de tous les commerces genevois! combien de politiciens genevois ont une expérience dans le commerce de détail aucun sans aucun doute! 2 exemples 1 pull col roulé chez h&m Genève 29.95 fr à 19.95 euros chez h&m Annemasse! 1 bonnet dans le même magasin 14.95 frs à 7.95 euros! Vous pensez que c'est viable?? Moi pas! Avec en plus l'explosion du commerce en ligne je ne donne pas cher des commerces genevois dans moins de 12 mois!

  • L'aéroport international de Genève (il faudrait plutôt dire "urbain" vu sa proximité de la ville) s'est développé sur un schéma pas viable à long terme: de courtes distances aisément substituables par le train et un low cost pas tenable à moyen terme (car les billets seront de plus en plus taxé à leur coût écologique)
    Alors que l'AIG se fige sur sa position de modèle dépassé, la société civile avance et le "shamfly" (honte à celui qui prend l'avion) commence à prendre de l'ampleur car la conscience des citoyens progresse, même si le passage à la cohérence par l'acte est encore chaotique!

  • "shamfly" (honte à celui qui prend l'avion)
    Quelle belle expression, tellement dans l'air du temps. Je pense que vous vous faites trop de souci: ceux qui peuvent se permettre cette pratique "honteuse", c'est-à-dire les "basses et moyennes" classes de la riche Europe, auront probablement disparus dans une ou deux générations, relayés par ceux des nations en expansion et avides de privilèges dans un monde qui ne sera pas sauvé par leur sacrifice ... s'il l'est jamais.

  • Ceux qui soutiennent inconditionnellement le développement de l'aéroport affirment qu'il faut assurer la santé et la croissance économique de Genève.
    Avec 70% de vols low cost? De qui se moque-t-on?

  • L'aéroport nous explique depuis 30 ans qu'il ne peut rien faire pour diminuer les nuisances sonores et soudain...20 jours avant la votation IN 163 un trio de directeurs fait des promesses de diminutions de bruit ...sans garantie ni chiffrage...vraiment pas sérieux cette gouvernance de l'aéroport. Voila aussi pourquoi le OUI à l'IN 163 s'impose.

  • L'aéroport existe depuis 1919 ! Alors ceux qui sont venus habiter à proximité connaissaient le problème du bruit donc il fallait aller habiter ailleurs ! Personne n'est obligé de se loger dans ce secteur et peut déménager dans une autre région. L'aéroport doit se développer car il est vital pour Genève !

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