L’échec de la COP 25 n’est pas de sa faute, mais de celle des Etats qui la sabotent

Les calculs de plus en plus fiables des scientifiques, les manifestations de plus en plus massives de jeunes (et de moins jeunes) n’ont rien changé : la COP 25 de Madrid s’est conclue sur un échec. Mais au moins les responsables de cet échec sont clairement identifiés.

La COP ? La réunion annuelle des Etats parties à la Convention des Nations Unies sur le changement climatique, entrée en vigueur en 1994, donc voici 25 ans... Engagement central de cette Convention ? »Stabiliser (...) les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique» (art. 2), les pays industrialisés s’engageant à «ramener individuellement ou conjointement à leurs niveaux de 1990 les émissions anthropiques de dioxyde de carbone»(art. 4).  Le Protocole de Kyoto entré en vigueur en 2005 et l’Accord de Paris entré en vigueur en 2016 concrétisent ces engagements. Tous ces instruments lient les Etats et exclusivement eux, c’est à eux de prendre les mesures et à développer les politiques permettant de mettre en œuvre le but auxquels ils ont souscrit. Depuis, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 45%  - mais sans la Convention cela aurait certainement été davantage.

Mais qu’a-t-on vu très clairement à la COP de Madrid ? Une obstruction systématique et concertée du Brésil, de la Chine, de l’Inde, des Etats-Unis, de l’Australie, de la Pologne, de l’Arabie saoudite... Point commun de ces Etats : une option forcenée pour le charbon et le pétrole, un refus clair et net de réduire la part de ces sources d’énergie dans les délais reconnus nécessaires pour éviter un dérapage irréversible du système climatique. L’Australie subit déjà cette situation, le Brésil la provoque et l’encourage tant qu’il peut.  

Autre point commun entre ces Etats ? Ils sont gouvernés par des leaders populistes, totalement indifférents aux enjeux écologiques qui déterminent pourtant nos conditions d’existence sur cette Terre, démantelant à un rythme effréné les législations de protection de l’environnement et - cela va presque toujours de pair - celles garantissant les droits des peuples autochtones, premiers habitants de leurs territoires. Totalement indifférents aussi aux effets de leur politique sur le reste du monde, et dédaignant voire dénigrant les lieux de concertation internationale qu’offre le système des Nations Unies.

Et à part en Chine ou en Arabie Saoudite, où démocratie et droits humains sont des gros mots et considérés comme des luxes inutiles et parfaitement insupportables pour les gouvernants, dans tous les autres Etats cités, leurs leaders irresponsables ont été élus à leur poste par leur peuple en connaissance de cause. L’avenir nous dira si le populiste Boris Johnson se joindra au club des fossoyeurs de la Planète, mais qu’on se le rappelle lors des prochaines manifestations sur le climat : ce n’est surtout pas la COP qu’il faut dénigrer, elle n’y peut rien, mais les Etats qui la condamnent à l’impuissance ; il faut appeler les peuples qui élisent des dirigeants qui mènent le monde à sa perte de se ressaisir et démasquer les douteux démagogues auxquels ils ont confié à tort leur destin (et le nôtre du coup).

Il plairait infiniment à ceux qui bloquent les COP les unes après les autres, que la colère de celles et de ceux qui s’inquiètent des risques majeurs du changement climatique se porte sur la COP et les Nations Unies. Non, le système international n’y est pour rien et ses responsables ont au contraire fait le maximum pour ramener à la raison planétaire les boute-feu nationalistes à la tête des plus grands pollueurs du monde. Alors ne nous trompons pas d’ennemi, ne nous faisons pas les complices de l’affaiblissement du seul instrument intergouvernemental à la dimension du problème que nous ayons : les plateformes internationales de documentation, de négociation et de décision.

Commentaires

  • "Une obstruction systématique et concertée du Brésil, de la Chine, de l’Inde, des Etats-Unis, de l’Australie, de la Pologne, de l’Arabie saoudite". Je veux bien croire. Mais que penser de la Suisse et de la République et Canton de Genève, dont les administrations des transports sont prêtes à provoquer le dégagement de 1,25 millions de tonnes de CO2 pour les chantiers qu'ils défendent âprement, à Cornavin, à Châteaine, à l'aéroport, refusant depuis plus de 6 années d'entrer en matière pour l'autre solution, celle de la boucle de Bellevue, qui n'en dégagerait que 0,25 millions.
    En matière de grands chantiers, économiser de l'argent, c'est épargner notre environnement. On ne s'en est rendu compte ni à Genève ni à Wabern, où est installé l'Office fédéral des transports. A Wabern comme à Berne, on le sait, l'argent ne compte pas. On aurait pu espérer qu'à Wabern comme à Berne, l'environnement comptât. Hélas, il n'en est rien.

  • Merci René pour ta lucidité
    Si les COP n'ont que des résultats insatisfaisant qui fait poser la question de leur légitimé, ce sont au moins des moyens de dialogue qui focusent l'attention à intervalles réguliers et donnent à la société civile des armes pour agir et contraindre à agir des gouvernements courtermistes. et figés dans leurs vision passéiste de l'avenir
    Ls suite se jouera certainement dans la rue et je pense de plus en plus par la désobéissance civile par une génération qui ne veut pas être sacrifiée par notre égoïsme irresponsable

  • L'ONG ECOSOC UNESU a la certitude que tout cela est une vaste escroquerie planétaire. Tout est savamment orchestré pour créer le chaos et nous vendre des impostures en guise de solutions. Un complot contre l'humanité ? Nous vous laissons y répondre. Nos système éducatifs ne nous libère pas l'esprit. Tant que nous ne pénétrons pas dans cet endroit où règnent les forces qui commandent la guerre et la paix en nous, nous serons dans l'impossibilité de guérir l'humanité de ses maux. Les troubles de notre civilisation prennent leur source dans les forces d'émancipation humaines, qui cherchent à se libérer des Etats économiques militarisés, qui perturbent le sain et libre épanouissement de l'économie fraternelle et surtout, de la vie de l'esprit émancipatrice. Toutes les impostures sociales et environnementales sont à trouver dans les profondeurs de l'âme humaine. Si nous sommes prêts à faire ce voyage, nous sommes prêts à changer notre monde...

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