29/12/2008

Crise financière, crise climatique, même combat

Alors que les preuves scientifiques d’un changement climatique sont de plus en plus évidentes (fonte des glaces notamment), il n’est toujours pas sûr que l’humanité parvienne à prendre les décisions qui s’imposent.

Certes, un verrou essentiel a sauté voici deux mois avec l’élection d’un nouveau président américain dont le programme affirme explicitement qu’il faut réduire d’ici 2050 de 80% les émissions de gaz à effet de serre.

Certes, les Etats africains ont signé la déclaration que l’Union européenne leur a proposée, à savoir d’inscrire leur développement dans la préservation des équilibres globaux, dont il est par ailleurs tributaire (désertification, modification du régime hydraulique, etc.). La Chine, également, semble prête à s’inscrire dans une telle démarche.

Mais voilà que la crise financière vient tout remettre en question. Les Etats naguère leaders en matière climatique tels que l’Allemagne se complaisent à défendre les mauvaises performances de leur industrie automobile, insouciants du fait que GM et les autres géants de l’auto américaine sont quasi en faillite, entre autres pour avoir raté le virage de la voiture économique.

Occulter les exigences de la crise climatique sous l’effet de la crise financière est une très mauvaise option. Déjà maintenant des études montrent que les répercussions du changement climatique vont être majeures sur nos économies. Au lieu d’alléger les effets de la crise financière, les deux crises vont s’associer et ne feront qu’accroître nos difficultés.

La sagesse veut que l’on identifie des mesures qui répondent à la fois à la crise financière et à la crise climatique.

• Une première réponse à la crise est certainement de ne pas mettre tous ses œufs (financiers) dans le même panier bancaire, et de miser sur des systèmes de gestion de fonds le plus autonomes possible par rapport aux soubresauts spéculatifs planétaires. Pour créer ce supplément d’autonomie face au système spéculatif mondial, favorisons les placements verts, les fonds de proximité, les banques alternatives et régionales.

• Une deuxième réponse est dans la nécessité d’un comportement anti-cyclique. Celui-ci doit être l’occasion d’orienter les investissements dans une direction favorable tant à l’économie qu’à l’environnement : les investissements dans les économies d’énergie et l’assainissement du parc immobilier en sont un bon exemple. Les cibles sont, au niveau mondial, l’énergie solaire, le reboisement, l’agriculture vivrière, les systèmes de transports publics. Quand le gouvernement français offre une prime pour tout automobiliste se débarrassant d’un véhicule de plus de 10 ans au profit d’un véhicule plus écologique, il va dans cette direction.

• Enfin, s’il faut favoriser l’investissement, on fera bien en revanche de revisiter les dépenses de fonctionnement. A nouveau nous pouvons faire coup double. En effet, une utilisation plus ménagère de l’énergie, une réduction des activités à forte charge en énergie grise, une minimisation des gadgets inutiles, sont autant de postes financiers où l’on peut économiser aujourd’hui et demain.

Autrement dit, la crise financière nous offre une possibilité à ne pas négliger de réorienter notre développement dans la bonne direction et de savoir rebondir en faisant coup double ! Ce serait très regrettable de ne pas en retenir les leçons et de continuer à foncer dans la fausse direction

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15/03/2008

La saga des décehts - et maintenant?

La saga des déchets napolitains touche à sa fin. Que penser de ce bref mais violent ouragan qui a traversé notre petite république ? Typique d’une fausse bonne idée : le ministre de tutelle des SIG, conforté par les assurances des technocrates, croit bien faire en proposant ce qui semble être une de ces fameuses situations «win-win» («gagnant-gagnant») : nous nous faisons du bien en valorisant notre surcapacité en matière d’incinération, nous faisons du bien aux autres en prenant en charge leurs soucis.

Puis la politique s’est invitée dans ce projet qui présentait l’apparence d’une certaine logique. Et les questions fusent : quels déchets ? quelle origine ? Pourquoi cette gabegie dans un des pays fondateurs de l’Europe ? qui profite de ce trafic ? quels contrôles ? Que penser du développement du tourisme des déchets ? Et surtout, cette question qui me semble la plus importante entre toutes : pourquoi cette surcapacité des Cheneviers ?

Aussi loin que je m’en rappelle, à chaque fois - lorsque cette usine d’incinération était encore dans le giron de l’Etat - qu’il fallait se prononcer au Grand Conseil sur des crédits concernant l’extension des capacités, il s’est trouvé une majorité politique paniquée à l’idée que nos rues seraient jonchées de déchets. Et surtout qui ne croyait pas à la prévention ou à un recyclage accru. A société de consommation, usine d’incinération ! Et ceux qui, comme moi, plaidaient pour donner une chance à une autre façon de gérer nos ressources étaient renvoyés dans les cordes. D’accord, depuis plusieurs années, près de 30'000 personnes sont chauffées grâce à la récupération de la chaleur excédentaire de cette usine : autant d’habitants affranchis du pétrole. Mais ne nous leurrons pas : le pouvoir calorifique des Cheneviers supporterait encore un joli développement du recyclage avant de manquer aux habitants raccordés à CADIOM. Chauffage écologique et comportement écologique par le tri des déchets sont loin d’être en concurrence !

Sur le tourisme des déchets en lui-même, je considère que c’est une aberration, s’agissant des déchets ménagers. Chaque région doit assumer la gestion de ses déchets, faute de quoi aux camions et trains transportant à travers toute l’Europe des marchandises (en des circuits parfois fort discutables) il faudrait ajouter les mêmes mouvements de déchets !

L’addition de deux éléments, la surcapacité des fours et l’orientation de plus en plus commerciale des SIG, exploitants de cet équipement, fait que les importations de déchets sont malheureusement plutôt la règle que l’exception ; la polémique autour des déchets de Naples a eu ce mérite de mettre ce dysfonctionnement chronique en évidence. Le mécanisme de l’évolution de ces dernières années est simple: le premier mouvement a été le transfert des Cheneviers aux SIG, «vendu» au bon peuple voici quelques années comme une évidence purement fonctionnelle, puis a suivi l’orientation de plus en plus commerciale des SIG, enfin le récent transfert des actifs a renforcé la pression pour rentabiliser les équipements. Oui, les déchets de Naples ne sont que le sommet de l’Iceberg ! L’interdiction d’importer prononcée à juste titre par le Conseil d’Etat ne met pas fin pour autant à la dérive commerciale de ce qui fut naguère un établissement public, dévolu au service public.

Et derrière cette affaire se profilent les enjeux de la votation référendaire du 1er juin sur le contrôle politique de ces établissements que sont les SIG, les TPG ou les HUG, dont les organes prennent quotidiennement des décisions de portée politique qui nous concernent tous. L’absentéisme du ministre de tutelle lors des séances des conseils d’administration des SIG ou des TPG préfigure-t-elle l’abandon du contrôle politique voulu par la majorité du Grand Conseil ? Je pense qu’au contraire une supervision politique est plus nécessaire que jamais. C’est cela la vraie leçon de l’affaire des déchets de Naples.

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17/02/2008

Développement urbain: tirer les leçons du passé




Peu à peu un nouveau consensus se fait jour sur le développement de Genève. D’une part au niveau de la vision spatiale. Depuis quelques années, contrairement aux décennies précédentes, plus personne n’ose penser Genève sans penser région. Progrès important : les acteurs acceptent de prendre en compte les responsabilités et les conséquences de leurs décisions sur l’espace commun. D’autre par,t contrairement là aussi aux décennies précédentes, le développement est accepté dans son principe et Genève se réconcilie avec son destin de centre assumé d’une région en construction.

A travers des démarches comme le projet d’agglomération, des pôles de développement s’esquissent côté Ouest et Sud. Des critères doivent maintenant être posés. J’en rappelle quelques-uns qui sont à mon sens des exigences pour une vraie urbanisation qui donne du sens et non pas une juxtaposition de projets qui finiront par remplir le territoire mais qui ne forment aucunement une trame cohérente.

- L’avenir de la zone agricole ne doit pas être discuté que sous l’angle d’une réserve de terrains à bâtir, mais en fonction du type d’approvisionnement que nous voulons. Le canton a mis en place une e promotion de l’agriculture de proximité pour notamment des raisons de bilan énergétique (lié aux transports) et il faut maintenant définir quel est le besoin objectif en terrain dans toute la région pour assurer cette politique. Je considère normal qu’une agglomération soit d’abord alimentée par des produits de proximité !
- La biodiversité que des accords internationaux nous imposent de préserver ne se garantit pas que par la délimitation de réserves naturelles et de zones protégées mais doit être promue sur tout le territoire. A travers des mesures adaptées à chaque zone (principes de gestion) il s’agit, là aussi en fonction de considérations objectives, d’assurer de l’espace aux espèces (il n’y a pas que l’espèce humaine sur terre !).
- En matière de transports, le programme de (re) mise en place sur les grands axes d’une desserte tram et ferroviaire va encore prendre une décennie avant de pouvoir réellement prendre en charge les flux de pendulaires ; il doit absolument être complété de parkings d’échange, de modérations du trafic et d’itinéraires pour la mobilité douce en plus grand nombre.
- Enfin la crise du logement exige d’intensifier la mise à disposition d’appartements pour toutes les catégories sociales, des LUP à la PPE. Avec le logement va naturellement tout un programme d’équipements : écoles, places de jeu, commerces, espaces de rencontres, etc. qui font que la réponse au besoin de logement ne peut jamais être détachée de l’aménagement urbain dans son ensemble, son agencement et également son impression d’ensemble.
La crise est partout et la réponse ne peut être que la création de nouveaux quartiers et la densification qualitative des espaces existants. A ce titre il est essentiel de ne pas opposer quantité et qualité. Des quartiers tout à fait conviviaux peuvent exister dans des zones très denses, et l’univers pavillonnaire et certains espaces de nos banlieues hérissés des tours et des barres des années 60 et 70 montrent qu’une densité moindre ne garantit aucunement la qualité du tout.

Il faut donc urbaniser. Mais de grâce tirons les leçons des erreurs et des zones (immeubles ou villas) faites de juxtapositions incohérentes et en répondant aux autres exigences de notre temps. A cet égard, les critères actuellement discutés et promus autour de la notion d’écoquartier me semblent particulièrement pertinents: minimisation de l’empreinte écologique par l’agencement des constructions, de la mobilité et du chauffage (énergie, eau), promotion de la biodiversité et des matériaux sains, d’une alimentation de proximité et minimisation aussi des déchets. Une grande attention est accordée à la mixité, à l’animation et à la prise en charge par les habitants, aux espaces publics, aux lieux de réunion et à la convivialité.

Une bonne partie de la réponse aux défis du logement, des transports, de la mobilité et de la qualité de l’espace se trouve dans ces orientations. C’est elles qu’il faut favoriser et promouvoir. La ville de demain sera une écoville, les nouveaux quartiers et les quartiers existants conçus selon les critères des écoquartiers. En fait ces critères ne font qu’actualiser ce que les paysagistes et urbanistes du début du 20e siècle avaient imaginé sous forme de cité-jardin, de cités ouvrières et coopératives etc. Cessons la ghettoïsation sociale du territoire, ghettos de riches ici, ghettos de pauvres là et admettons que ce sont précisément les moins bien lotis qui ont le plus besoin de cohérence urbaine. C’est leur faire injure que de limiter notre intervention à une pure réponse quantitative à la crise du logement.

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13/01/2008

Taxe sur les combustibles, une mesure insuffisante




Juste avant Noël la Tribune de Genève publiait un éditorial «Taxe CO2 : ça va chauffer pour les locataires» (E. Bolleter, 21 décembre). Cet article vise juste mais occulte certains points, que je voudrais développer ci-dessous.

Précisons tout d’abord que, comparée aux autres prélèvements effectués sur les produits pétroliers, avant tout de nature fiscale, la taxe est relativement indolore, de quelques centimes seulement. Pour la «sentir passer», il faut vraiment consommer beaucoup…

Ensuite, le but de la taxe n’est pas d’alimenter la caisse de l’Etat, mais d’inciter à moins consommer. Son produit sera restitué forfaitairement aux ménages, comme cela se fait maintenant depuis plusieurs années avec la taxe sur les composés organiques volatils (COV), soit des polluants largement utilisés dans les colles, les peintures etc. Cette restitution vient en déduction des factures d’assurance maladie et est d’environ 15.- par année. Bien entendu un tel système n’a de sens que si des possibilités de substitution existent. Pour les COV, de nombreux produits sans solvants sont disponibles et d’ailleurs les émissions de COV ont reculé des deux tiers depuis l’introduction de cette taxe.

S’agissant du chauffage, 40% de la facture pétrolière est due à ce poste, plus important que les transports, aviation et route réunis. Pour l’essentiel, cette énergie est aujourd’hui consommée en pure et perte ressort littéralement par la fenêtre de nos maisons mal isolées. En effet, la consommation énergétique moyenne de notre parc immobilier suisse est de 700 MJ/m3 - soit 6 à 7 fois plus que les bâtiments à haute performance énergétique que l’on sait construire aujourd’hui, selon des standards comme minergie P ou minergie-éco !

Et chaque jour, des décisions d’investissement se prennent au niveau des gestionnaires du parc immobilier, et chaque jour des investissements ne sont pas faits parce que le comparatif entre le coût du pétrole et le coût des mesures d’assainissement n’est pas encore suffisamment en faveur de ce dernier...

Dans tous les cas, quelques centimes d’augmentation du mazout ne sont qu’un timide avant-goût des augmentations brutales et imprévisibles qui risquent de nous être imposées par les multinationales du pétrole et les Etats producteurs. C’est de cela qu’il faut se rendre indépendant.

Maintenant il est vrai que la taxe frappera les locataires, qui sont les deux tiers de la population, et que ceux-ci n’ont qu’une petite marge de manœuvre. Encore que, sachant que chaque degré de plus représente 7% de consommation en plus, on doit se demander s’il faut vraiment surchauffer nos appartements au point de s’y sentir en plein été…

Il faut donc travailler en finesse. Si les locataires voient augmenter leurs charges, cela va politiquement augmenter la pression pour renforcer les exigences énergétiques car tout ce qui sera économisé allègera directement leurs factures. Reste que cela ne constitue pas un stimulant suffisant pour le propriétaire, et comme le rythme naturel de renouvellement du parc immobilier est de 100 ans et de rénovation majeure de 30 à 40 ans, sans un plan volontariste d’assainissement de ce parc, comportant des subventions ou des prêts préférentiels aux propriétaires à la clé, on continuera à transformer du pétrole en CO2 - en pure perte pour nous mais de manière lourde de menaces pour la biosphère dans laquelle nous vivons.

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18/11/2007

Le monde à l'épreuve du changement climatique

Le froid précoce de cette fin d'automne 2007 nous montre clairement la différence entre météo et climat. La météo c’est ce que nous vivons au quotidien alors que le climat est le contexte plus global. Autrement dit, la météo peut être rassurante et les perspectives climatiques non, et vice-versa!
Nous pouvons noter que les scénarios se resserrent autour de probabilités de moins en moins  contestables. Ce samedi le Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat institué par l’OMM et les Nations Unies a publié ses constatations, de moins en moins incertaines et de plus en plus concrètes. Tout cela en vue de la conférence des parties de la convention sur le climat de Bali de ce mois de décembre. C'est en effet lors de cette rencontre que l'on devra mettre sur les rails Kyoto II.
Rappelons tout d'abord que la convention sur le climat des Nations unies est entrée en force en 1994, et que même d’aucuns font semblant de découvrir le thème, ce dernier est dans les agendas scientifiques et internationaux depuis maintenant 20 ans ! Cette convention, ratifiée également par les Etats-Unis, on l’oublie volontiers, affirme l'obligation pour chaque Etat partie de ramener ses émissions de gaz à effet de serre à un niveau supportable pour les équilibres économiques et écologiques. A ce sujet, plus aucun doute sur la convergence entre dommages écologiques et économiques n'est permis. Il suffit de penser aux coûts des dommages que va infliger le changement économique aux économies, notamment des pays qui sont les moins responsables dudit changement.
L'apport du Protocole de Kyoto, entré finalement en vigueur en 2005, est l'engagement pris par les pays industrialisés parties (et là les Etats-Unis de Bush ont refusé de poursuivre dans la voie du protocole négocié par un certain Al Gore!), de réaliser de premiers objectifs de réduction. Les effets de ce protocole sont tout relatifs, néanmoins il a fini par imposer le débat sur des cibles de réduction. Et pour le moyen terme, peu à peu une réduction d’émissions d’un facteur 3 ou 4 a été articulée par des chercheurs et reprise par divers gouvernements, à atteindre d’ici 2050.
Kyoto II doit maintenant impliquer les pays émergents, et sur ce point on ne peut pas rejeter la position américaine. Il serait en effet aberrant et irresponsable que les réductions obtenues dans le Nord soient annulées par la généralisation planétaire de nos erreurs techniques et de comportement. En effet, si chaque habitant de la Terre voulait gaspiller comme l'Américain moyen, il faudrait 6 planètes! Ainsi, Kyoto II doit baliser la voie vers cette société à 2000 Watts qui représente à la fois notre consommation des années 60 et la consommation moyenne mondiale actuelle.
Le projet Novatlantis développé par les EPF démontre la faisabilité de cet objectif, et illustre bien le lien entre mobilité, énergie et gestion du territoire. C'est en effet la répartition des fonctions sur ce dernier, le lien entre urbanisation et desserte en transports publics, la densification qualitative et la réhabilitation des univers suburbains (immeubles en barres, quartiers formatés pour l'automobile, ensembles pavillonnaires) qui détermineront la possibilité d'aller de l'avant.
En rester à une optimisation prudente des performances des objets (de l'ordinateur à la voiture en passant par l'habitat) se révèle un travail de Sysiphe, tant qu'on n'aura pas mis en œuvre une approche qui joue sur tous les facteurs simultanément et non séparément, et qui permette d'éviter cet « effet de rebond » qui engloutit les bénéfices obtenus au fur et à mesure. En effet, les véhicules consomment moins et émettent moins de rejets; mais on roule beaucoup plus et il y a beaucoup plus de véhicules! Et si minergie se répand, l’appliquer avant tout aux nouvelles villas disséminées sur le plateau suisse condamne celles-ci au mieux à compenser la dépense énergétique nécessaire pour s'y rendre en voiture!

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30/09/2007

Intégration elixir de survie

Dans les discours tout est simple. Rien n’est plus facile que d’affirmer que la diversité est une richesse, mais dans la réalité c’est tout autre chose. Que signifie ce mot si souvent utilisé d’intégration ? Ce n’est pas une baguette magique mais un effort de tous les jours, pour mieux se comprendre, se connaître, pour apprendre à partager des valeurs. Ces valeurs sont par définition, et les enjeux commencent là, à construire sur la plateforme non négociable de la Déclaration des Droits humains.

Ce socle étant posé, pour que les différences soient vraiment richesses et non oppositions, la cohabitation lien social et pas division, on ne peut pas ne pas interpeller les conditions actuelles de la démocratie et la définition de l’identité.

Le temps où une personne devait impérativement choisir d’être Suisse ou Genevoise et rien d’autre est révolu. il ne faut pas lui demande d’occulter son identité de départ : quand un Appenzellois s’établit à Genève, il ajoute une réalité genevoise à sa trajectoire d’Appenzellois, il ne la renie pas, de même pour un Italien, un Portuguais ou un Malgache. A partir de ce constat deux dossiers doivent être relancés impérativement : la naturalisation facilitée et le droit de vote et d’éligibilité en matière cantonale pour les étrangers établis.

Cela est d’autant plus important que notre terre genevoise est par essence une terre d’immigration, on pourrait même dire que c’est son identité première, probablement tirée de notre situation géographique entre Jura et Alpes, Léman et Rhône, Suisse et France, Nord et Sud… Durant toute son histoire, Genève n’a cessé de connaître des couches successives d’immigrants, qui l’ont faite telle qu’elle est et qui continuent de la façonner.

Cela a commencé avec les marchands et banquiers français et italiens, dès le XIVe siècle. Puis quand Calvin, immigré français, a proclamé la Rome protestante, Genève s’est défini non pas d’abord ethniquement mais confessionnellement, ouvrant grandes ses portes au Refuge. Et au début du XXe siècle, on compte un grand nombre d’étrangers, bien plus que dans le reste de la Suisse, travailleurs mais aussi étudiants, littéraires, scientifiques. Puis dans les années 60 ce fut la construction des banlieues, amenant deux types d’habitants, les Confédérés et les travailleurs italiens, portugais et espagnols.

Dans les années 80 l’immigration provint essentiellement des Balkans, les pays méditerranéens se développant. On oublie généralement que pour l’essentiel les Kossovars sont venus ici avant la guerre qui a ravagé la région. La vocation internationale, enfin, est présente avec une population anglophone, germanophone et arabophone. Au côté multilingue s’ajoute un côté multireligieux, et les débats qui animent les religions nous concernent de près. C’est donc par l’effort de tous, Suisses et étrangers, personnes d’ici et d’aileurs, que la réalité sociale se construit ou se défait chaque jour.

L’intégration, c’est donc garder sa culture, et y ajouter la culture du lieu de vie actuel, s’y inscrire et s’y adapter tout en la faisant évoluer. C’est un effort des deux côtés. Mais bien sûr il appartient aux pouvoirs publics de le favoriser. L’intégration, très concrètement, c’est :
• Etre informé
• Pouvoir partager un espace de vie de qualité, avoir des immeubles et des espaces extérieurs bien entretenus : le rejet de l’autre est souvent un corollaire d’un environnement qui n’incite pas au respect
• Bénéficier d’une offre culturelle, sportive, associative permettant de faire des rencontres, de prendre sa place
• Assurer un partenariat pour la sécurité, la propreté
• Organiser l’accueil activement, faire connaître langue, culture, histoire du lieu d’accueil
• Donner l’occasion de fêtes de quartier et de voisinage…
Finalement, être intégré, c’est se sentir bien et partie prenante là où on vit. Reste un souci: en Suisse, au plus haut niveau du gouvernement, le dossier de l’intégration a été confié à un ministre qui est opposé à l’intégration. C’est un peu comme si on faisait faire des économies d’énergie à un vendeur de pétrole… Il est temps que cette absurdité cesse. Le Parlement en trouvera-t-il le courage, et les Genevois comprendront-ils que leur identité est par nature trahie par ceux qui veulent proclamer une Suisse uniforme et inconsciente de sa propre nature, coupée de son passé comme de son avenir ?



René LONGET

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23/09/2007

A table

A table !


Tous les jours nous mangeons. Quoi de plus banal ? Ce que nous oublions souvent c’est que par nos choix nous agissons directement sur notre santé. On parle de plus en plus de l’obésité chez les jeunes, et une bonne partie des adultes sont aussi concernés. Dans le monde il y a aujourd’hui plus de personnes en surpoids (1 milliard) que de personnes qui ne mangent pas à leur faim (850 milions) ! Et avec les impacts sur les coûts de la santé de cette surcharge, on pourrait nourrir tous ceux qui ont faim !! Quel monde aberrant

On ne peut qu’applaudir les efforts d’information de nos diététiciens pour rappeler les principes de la bonne alimentation. Ce samedi, à Lancy, sur l’esplanade qui aurait dû recevoir la maison de la danse et qui ma foi plutôt recouverte d’un gazon rabougri, on pouvait rencontrer les diététiciennes de la Fourchette verte ou de la Direction de la santé rappeler que nous mangions trop salé, trop sucré, trop de viande, trop en général,trop gras… Plus de fruits et de légumes, voici la direction à prendre. Et vive la Fourchette verte !

Puis ce dimanche je me suis rendu à Grandson, pour un moment capitale romande du Goût. Ici, c’est le retour des produits du terroir, les saveurs des fruits et légumes de nos régions, qui ont failli disparaître. Il y avait plus de 1000 sortes de pommes en Suisse, des centaines de sortes de poires, cerises, des fruits un peu oubliés comme les coings, les mirabelles, les nèfles, tout cela sauvé par l’engagement des passionnés de Pro Specie Rara ou des militants des AOC. Vive la proximité, gage d’authenticité et de diversité, qui a failli être mangée par la golden insipide, incolore, inodore et le fameux veau aux hormones. Mais le gruyère de l’Etivaz et le jambon à l’os s’ils triomphent à l’aune des saveurs du terroir ont leur pesant de gras.

Enfin, parlons du bio. Depuis 30 ans les paysans ont divisé leur charge en phosphates par deux, la pression des pesticides a diminué, quoi que… nous sommes plus sévères pour les fabriques d’animaux que d’autres et le bio atteint presque 10% de la surface agricole utile alors que la culture intégrée est quasi le standard. Le bio nous assure qu’il n’y a aucun processus artificiel entre la fertilité naturelle du sol, la façon qu’a le végétal de prendre forme et le résultat dans notre assiette, et nous rappelle que la nature n’a pas eu besoin de nous pour exister ! Oui le bio ça marche et nous donne une assurance de qualité. Mais cela n’empêche qu’on peut voir dans les rayons de la farine bio du Canada ou des pommes bio de l’autre bout du monde, pesant de tout leur poids énergétique. Aberrant, oui.

Alors que faire pour bien faire ? En fait ce n’est pas compliqué, Il suffit de se rappeler de trois mots, SANTE, PROXIMITE, PROCHE DE LA NATURE  et de les conjuguer à l’unisson, et cela nous donne le tout, la COHERENCE .

Bon appetit et santé, la santé de la Terre et notre santé vont de pair.

René LONGET

22:44 Publié dans Environnement | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook