28/09/2008

Bonnes nouvelles du front culturel

On a tellement pris l’habitude de parler de ce qui ne va pas qu’on oublie de souligner les bonnes nouvelles.

2008 a permis de sérieux progrès dans le domaine de la culture à Genève, et tout d'abord en termes d'organisation, des deux côtés de la barrière:

- D’une part, les acteurs culturels. Ils se sont donné les moyens de peser sur les débats et les décisions publiques, en créant le Rassemblement des artistes et acteurs culturels de Genève, le RAAC. Premier forum très réussi, en février et le 2e aura lieu à la fin de cette semaine. Plus d’excuses pour les pouvoirs publics de ne pas savoir à qui s’adresser. Désormais les acteurs culturels ne pourront plus être contournés. Bravo au RAAC !
- D’autre part, les communes,. Avec l’Etat, elles portent l’essentiel de l’effort de l’équipement culturel. Elles se sont organisées pour coordonner leurs activités. Les magistrats en charge de la culture, dont le soussigné, se rencontrent plus souvent, planchent sur des solutions. De poemières pistes pourront être présentées précisément à ce 2e forum du RAAC.

 Parmi les avancées réalistes, notons des éléments comme ceux-ci :
-    Des équipements culturels qui concernent un espace plus large que la seule commune d’implantation ont besoin d’un financement intercollectitivés. La maison de la danse est apparue trop lourde pour le contribuable de Lancy, le Grand Théâtre ne peut pas être à la seule charge de la Ville, la plupart des équipements sont en réalité régionaux.

-    L’Etat doit pouvoir développer de manière significative son soutien à la culture. Ces dernières années avaient été marquées par un retrait excessif de la part du canton.

-    Le paysage culturel doit pouvoir être vu comme un tout, certes évolutif et mouvant mais néanmoins comme un tout par tous les acteurs. C'est encore trop le chacun pour soi, le hasard des financements et des rencontres, les projets individualistes.

-    Les spécificités et besoins de l’activité culturelle doivent se refléter dans une «zone« d’activités culturelles à inscrire dans la législation sur l’aménagement du territoire,au même titre qu’il y a des dispositions sur les activités d’intérêt public, sportives, etc. De nombreuses implantations en zone agricole, villas ou immeubles ne sont actuellement que précaires parce que pas prévues par la législation.

-    Enfin un guichet unique doit faciliter la rencontre entre les auteurs de projets culturels et les possibilités d’implantation. L'absence de coordination actuelle fait que les collectivités se renvoient les demandes et qu'il n'y a pas de vue d'ensemble sur les possibilités existant sur le territoire dans son ensemble.

Ces propositions devraient maintenant rapidement devenir réalité et améliorer la situation des acteurs culturels, et donc de l’offre culturelle genevoise. Certaines ne dépendent que des magistrats, d’autres de lois à voter par le Grand Conseil comme le projet de fonds culturel intercollectivités dont le parlement est saisi depuis près d’un an. Elles permettent aussi d’aborder le débat au sein de la Constituante sur la culture. En effet aujourd’hui, pas un mot sur la culture dans la constitution existante ! Combler cette lacune et jeter les bases d’une nouvelle dynamique, c’est ce à quoi les décideurs politiques doivent maintenant s’atteler. En se rappelant que la culture, c'est ce qui donne une âme à une société et un sens à une communauté.

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11/09/2008

Le CERN va-t-il faire exploser le monde?

Depuis quelques heures à en croire d’aucuns le compte à rebours est lancé. Un grain d’antimatière qui s’échappe,comme s’échappent des OGM d’un champ soi-disant confiné, et c’est notre Planète qui implose, absorbée par un trou noir en un instant. Le risque zéro n’existe pas et je ne saurais l'exclure. Mais il y a encore un autre aspect!
C'est la question de l'utilité. De faire enfin un lien entre science et société, recherche et besoins.
Notre planète compte
•    850 millions d’humains qui ne mangent pas à leur faim
•    815 millions qui sont analphabètes
•    1,1  milliard qui doivent vivre avec moins d’un $ par jour
•    1 milliard sans véritable toit
•    1,6 milliard sans accès à de l’eau potable et à l’assainissement
•    2 milliards sans accès à des soins de base…

En même temps, nous devons faire face à très court terme à des défis comme ceux-ci :
•    Menaces sur les océans, les stocks de poisson
•    Risques et débuts de dérive climatique globale
•    Menaces sur les ressources non renouvelables
•    Perte des espèces animales et végétales
•    Disparition des forêts tropicales
•    Désertification
•    Pollutions de l’air, de l’eau et des sols.

Et on s’amuse à coups de milliards à traquer les protons, neutrons, particules infinitésimales, et on doit être content si ces collisions dans l’infiniment petit nous amènent par un heureux hasard des retombées positives ??

Rien contre la recherche fondamentale, en soi, bien évidemment, mais, Mesdames et Messieurs du CERN et d’autres lieux prestigieux de recherche et à gros crédits, n’y a-t-il pas des priorités sur terre, un lien entre moyens et besoins à établir, un meilleur usage de toutes ces installations, de toutes ces compétences, face à la faim et à l'emballement de l'effet de serre ?

Oui en effet les collisions souterraines à Meyrin me font du souci, il y a péril en la matière !

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24/08/2008

Blogs: incapables de dialoguer s'abstenir!

Nous sommes un certain nombre de responsables politiques à nous donner la peine d’entretenir un blog avec des coups de cœur, des propositions, des réactions, des idées, tout simplement, car les projets de demain exigent des idées, de la prospective,de la cohérence. Mais on n'a jamais raison tout seul, en exposant sa pensée, on fait appel à celle des autres pour construire ensemble. Un texte argumenté peut être compliqué ou paraître tel, mais ce n'est jamais artificiel et toujours sincèrement exposé.

 

Le droit de la critique est le premier des droits de l'internaute. Donc on y va en connaissance de cause.

Mais ce qu’on récolte  c'est bien plus que ça. Depuis environ une année, sur une trentaine de textes que j’ai placés sur mon blog, j’ai reçu des approbations mais aussi des réactions virulentes. Ça fait partie du jeu et je ne m’en offusque pas. Quand on défend l’intégration européenne en vue de créer à terme un Etat fédéral démocratique et capable de peser sur les affaires du monde à l’égal des autres grands, et d’affirmer ainsi la pérennité de nos valeurs historiques communes, ce repositionnement de la souveraineté suscite logiquement de la polémique. Pas de soucis avec ça.

Par contre, pour certains, un blog tenu par un socialiste, de surcroît quand entretemps il est devenu président du parti (ce qui n’a en rien changé l'expression de mes idées…) c’est l’occasion rêvée de placer des insultes, de dénigrer, de déposer des contributions, anonymes ou signées, dignes de graffiti de WC publics. Celles (oui, les femmes s’y mettent aussi !) et ceux qui se prêtent à ces pulsions ne font qu’illustrer leur profonde incapacité à argumenter. De la haine, des amalgames, du fiel, des affirmations sans début de preuve ni d'exemples. Si mes déclarations confirment les préjugés que certains entretiennent sur la gauche, alors pan!  et si je défends une vision qui ne correspond pas aux clichés commodes, encore pan! car ne serait qu'hypocrisie de ma part. Ne peut-on prendre les gens pour ce qu'ils disent, ce qu'ils sont et non comme prétextes pour se défouler et se soulager de ses frustrations? Ne peut-on rien échanger, rien construire ensemble? 

La démocratie vit par le respect de l’autre, par le débat, par l’argument, elle meurt quand on ne fait plus que s’insulter, quand on n’écoute plus, quand on en est au niveau des a prioris et de la haine. Chaque fois que les débats parlementaires retransmis par Léman Bleu en direct tombent aussi bas, les personnes qui sont devant leur écran se détournent, choquées, à juste titre. Mais ce sont parfois les mêmes, qui, ensuite, démontrent par leurs réactions à des papiers d’opinion qui se veulent constructifs et explicatifs, qu’ils sont exactement au même niveau.

Je ne me laisserai pas décourager par les poètes de caniveau et les ramollis du cerveau. Je ne leur ai jamais répondu et ne le ferai pas  davantage à l’avenir. Et quelque part les blogs sont de bons révélateurs de la capacité de dialogue au sein d’une société. Alors si on se disciplinait un peu avant d’envoyer n’importe quoi sur une boîte de dialogue ? On dit qu’il faut tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de l’ouvrir, pour l’écrit c’est encore plus vrai !

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17/08/2008

Constituante: l'histoire s'accélère, dans deux mois et deux jours les jeux seront faits

L’histoire s’accélère. Dans deux mois et deux jours, les jeux seront faits. Les 80 membres de l’Assemblée constituante seront élu-e-s.
La rentrée sera chaude. Posons quelques questions-clé.
1)    Une Assemblée de ce type a besoin de moyens. Ces moyens vont-ils être accordés par le Grand Conseil en votant le budget en décembre 2008 ? Sont-ils prévus dans le projet de budget du Conseil d’Etat ? Un rapide calcul permet de situer les enjeux. 80 constituants à environ 20-30%. Il serait décent de les rémunérer correctement afin qu’ils puissent négocier vis-à-vis de leur employeur une réduction du taux d’activité. Il faut compter environ 25'000 à 30'000.- le coût pour l’employeur Etat de Genève d’une telle rémunération. Ceci x 80 = 2,5 millions par an. Et il faut un peu de staff, des juristes, des secrétaires, des communicateurs. Bref un peu de monde pour que l’Assemblée travaille en connaissance de cause des documents et des avis des uns et des autres. Disons encore un demi-million pour rester modestes. Puis il faudra communiqer, car c’est exclu de faire une constitution en vase clos. Encore quelques centaines de mille. Bref en-dessous de 3 à 3,5 millions pas de constituante.
2)    Une Assemblée de ce type a besoin d’une méthode. Pour moi c’est clair, il faut régulièrement informer, prendre le pouls des acteurs de la société, organiser le débat. Outre les moyens financiers pour cela il faut une volonté politique de rester en interaction, de rester proactifs, visibles, au cœur du débat. L’Assemblée doit conduire et non subir le débat sur les enjeux fondamentaux de la redéfinition de l’Etat, de son organisation et de ses tâches.
3)    Enfin il faudrait être conscient que le travail d’imaginer la charte fondamentale de Genève demande un planning réaliste. Cela ne sert à rien de présenter d’ores et déjà des paquets tout ficelés. Je préférerais infiniment que la première année l’Assemblée prenne le temps de s’imprégner de l’état de la question, analyse les nombreuses études et analyses disponibles sur Genève, ses forces et ses faiblesses, y compris un fameux audit de l’Etat qui a coûté la bagatelle de 7 millions sans laisser la moindre trace perceptible. Qu’ensuite la 2e année soit consacrée au débat, la 3e à la production et à la discussion de thèses et la 4e à la mise au point du texte. Le faire trop tôt c’est écraser le débat sous le juridisme et en faire une bataille de formulations. Il sera assez tôt de faire appel aux experts du verbe légal, une fois que l’on saura ce qu’on se veut.

Le tout est une belle aventure, stimulante, positive, et il me semble que Genève en a bien besoin. Au peuple maintenant de décider à qui il entend confier les clés de la future assemblée.
Pour ma part, je rappelle quelques questions iconoclastes qu’il faudra bien aborder :
-    réduire le nombre de députés de moitié mais faire du Grand Conseil un parlement semi-professionnel, aux moyens à la hauteur des attentes et de ses tâches
-    réduire drastiquement le nombre des communes et en professionnaliser les magistrats, réduire le nombre des conseillers municipaux et les charger d’animer le débat dans les quartiers pour devenir de vrais relais de la population
-    réaffirmer le rôle de l’Etat comme arbitre, acteur, stimulant fort mais efficient, transparent, bien contrôlé
-    unifier les liens entre l’Etat et les entités publiques tels les SIG, TPG, HUG mais aussi aéroport, université, BCG et j’en passe
-    inscrire dans la constitution les objectifs de la politique économique et sociale cantonale : capital risque, promotion économique, salaire minimum etc.
-    dresser un catalogue clair des tâches de l’Etat et subsidiairement des communes
-    contrôler plus strictement et plafonner comme en France les dépenses électorales
bref tout cela est loin d’être académique ou abstrait mais devrait être largement débattu. Il reste deux mois pour élire les bonnes personnes pour le faire !


L’histoire s’accélère. Dans deux mois et deux jours, les jeux seront faits. Les 80 membres de l’Assemblée constituante seront élu-e-s.
La rentrée sera chaude. Posons quelques questions-clé.
4)    Une Assemblée de ce type a besoin de moyens. Ces moyens vont-ils être accordés par le Grand Conseil en votant le budget en décembre 2008 ? Sont-ils prévus dans le projet de budget du Conseil d’Etat ? Un rapide calcul permet de situer les enjeux. 80 constituants à environ 20-30%. Il serait décent de les rémunérer correctement afin qu’ils puissent négocier vis-à-vis de leur employeur une réduction du taux d’activité. Il faut compter environ 25'000 à 30'000.- le coût pour l’employeur Etat de Genève d’une telle rémunération. Ceci x 80 = 2,5 millions par an. Et il faut un peu de staff, des juristes, des secrétaires, des communicateurs. Bref un peu de monde pour que l’Assemblée travaille en connaissance de cause des documents et des avis des uns et des autres. Disons encore un demi-million pour rester modestes. Puis il faudra communiqer, car c’est exclu de faire une constitution en vase clos. Encore quelques centaines de mille. Bref en-dessous de 3 à 3,5 millions pas de constituante.
5)    Une Assemblée de ce type a besoin d’une méthode. Pour moi c’est clair, il faut régulièrement informer, prendre le pouls des acteurs de la société, organiser le débat. Outre les moyens financiers pour cela il faut une volonté politique de rester en interaction, de rester proactifs, visibles, au cœur du débat. L’Assemblée doit conduire et non subir le débat sur les enjeux fondamentaux de la redéfinition de l’Etat, de son organisation et de ses tâches.
6)    Enfin il faudrait être conscient que le travail d’imaginer la charte fondamentale de Genève demande un planning réaliste. Cela ne sert à rien de présenter d’ores et déjà des paquets tout ficelés. Je préférerais infiniment que la première année l’Assemblée prenne le temps de s’imprégner de l’état de la question, analyse les nombreuses études et analyses disponibles sur Genève, ses forces et ses faiblesses, y compris un fameux audit de l’Etat qui a coûté la bagatelle de 7 millions sans laisser la moindre trace perceptible. Qu’ensuite la 2e année soit consacrée au débat, la 3e à la production et à la discussion de thèses et la 4e à la mise au point du texte. Le faire trop tôt c’est écraser le débat sous le juridisme et en faire une bataille de formulations. Il sera assez tôt de faire appel aux experts du verbe légal, une fois que l’on saura ce qu’on se veut.

Le tout est une belle aventure, stimulante, positive, et il me semble que Genève en a bien besoin. Au peuple maintenant de décider à qui il entend confier les clés de la future assemblée.
Pour ma part, je rappelle quelques questions iconoclastes qu’il faudra bien aborder :
-    réduire le nombre de députés de moitié mais faire du Grand Conseil un parlement semi-professionnel, aux moyens à la hauteur des attentes et de ses tâches
-    réduire drastiquement le nombre des communes et en professionnaliser les magistrats, réduire le nombre des conseillers municipaux et les charger d’animer le débat dans les quartiers pour devenir de vrais relais de la population
-    réaffirmer le rôle de l’Etat comme arbitre, acteur, stimulant fort mais efficient, transparent, bien contrôlé
-    unifier les liens entre l’Etat et les entités publiques tels les SIG, TPG, HUG mais aussi aéroport, université, BCG et j’en passe
-    inscrire dans la constitution les objectifs de la politique économique et sociale cantonale : capital risque, promotion économique, salaire minimum etc.
-    dresser un catalogue clair des tâches de l’Etat et subsidiairement des communes
-    contrôler plus strictement et plafonner comme en France les dépenses électorales
bref tout cela est loin d’être académique ou abstrait mais devrait être largement débattu. Il reste deux mois pour élire les bonnes personnes pour le faire !



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28/06/2008

Une constitution pour quoi faire?


Genève est une cité paradoxale. Bourrée de talents et d’idées, mais peinant à fédérer les énergies. Une des villes les plus riches du monde, mais comportant de nombreux bas salaires, travailleurs au noirs, statuts clandestins et exclus. Un lieu qui adore parler et démolir le projet du voisin, mais qui est souvent confond discours et action.

La société, plus qu’ailleurs, plus tôt probablement qu’ailleurs, s’y révèle kaléidoscopique, prémonitoire du pouvoir créateur des villes, mais aussi des tendances centrifuges voire dissolvantes du monde moderne. La rédaction d’une nouvelle constitution, charte fondamentale d’une société, inventaire de ses valeurs, mise en perspectives des institutions qu’elle se donne, fournit l’occasion inespérée de remettre sur pied cette communauté genevoise, de codifier droits et devoirs de chacune et de chacun.

Une constitution doit lister les droits économiques, humains et sociaux fondamentaux : liberté personnelle, liberté du mode de vie, du choix du domicile, d’expression, de création culturelle, économique, sociale, d’entreprendre, sachant que ces libertés trouvent leur limite dans les libertés d’autrui. Elle doit ensuite proclamer les droits qui vont avec : droit au logement, à l’habitat devrait-on dire, au travail, à l’éducation, aux soins, à l’alimentation, à la protection sociale, à l’organisation syndicale et à la participation démocratique… clés d’une société prenant au sérieux un certain nombre de valeurs fondamentales, philosophiques, humanistes.

A ces droits et à ces libertés correspondent symétriquement des tâches de l’Etat, déclinées en politiques publiques : politiques du logement, du territoire, économiques, sociales, culturelles, de l’éducation, des médias, etc. et un engagement de l’Etat au nom des valeurs de liberté, de solidarité et de dignité. La communauté genevoise se doit, également en tant que ville internationale au rayonnement large, d’être solidaire des droits humains, du développement équitable du Sud, d’un développement durable de la Planète qui permette de transmettre à nos descendants la diversité culturelle de notre Terre, son intégrité, des ressources en suffisance, un héritage naturel respecté et valorisé.

L’Etat oui, donc, indispensable. Mais quel Etat ? Ni plus d’Etat, ni moins d’Etat, pas un Etat minimaliste mais pas non plus un Etat maximaliste. Un Etat garant, régulateur, incitant et encourageant l’engagement, protégeant le faible du fort, garant des valeurs fondamentales, bref assurant équilibre et équité. Un Etat efficace, efficient, transparent, démocratiquement contrôlé, rendant des comptes, sachant clairement quelles sont ses raisons d’être. Un Etat coiffé d’un gouvernement capable de décider, au prix le cas échéant d’une présidence forte, doté d’un parlement plus professionnel, moins nombreux, en interaction plus directe avec la population, une agglomération disposant d’instances de coordination et de décision et prenant appui sur la démocratie de quartier, moins de communes mais aux tâches claires et aux territoires cohérents, des magistrats à plein temps et des conseils municipaux eux aussi moins nombreux et mieux en phase avec l’habitant. Des droits populaires revisités : motion populaire, administration en ligne, budgets participatifs, une stricte limitation des budgets de campagne…

Tout cela fait rêver, tout cela entraîne l’imagination, donne envie d’aller plus loin, de débattre, de construire. Désormais, c’est possible, on peut faire mieux que le Café du commerce ou la lettre de lecteurs, on peut passer du stade de la protestation à celui de la proposition. Le 19 octobre, passant aux choses sérieuses, Genevoises et Genevois éliront leur Assemblée constituante, qui repensera aux bases de notre vie sociale. Il importe que ce processus soit aussi démocratique, transparent et interactif que son résultat, c’en est même la condition. Alors n’oubliez pas l’essentiel : de voter pour l’innovatif, le créatif, la cohérence. Et d’ici là regardez bien les programmes des listes en lice : qui a la vue la plus large méritera votre confiance.

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22/06/2008

Energie, la loi de l'espoir


En date du 7 mai, notre gouvernement a déposé un projet de loi à première vue très technique, et qui porte le numéro 10'258. Il s’agit de réviser la loi sur l’énergie, en permettant notamment un suivi clair des performances énergétiques des bâtiments, le plus gros poste de notre facture pétrolière. Le projet reconnaît le fossé existant entre les objectifs dits de la Société à 2000 Watts,q ui demande une division par trois d'ici 2050 de la consommation d'énergie et qu'elle soit assurée aux 3/4 par les sources renouvelables, et la difficulté de tenir déjà les objectifs modestes du protocole de Kyoto qui se limitent à une réduction de 10% des émissions de CO2 en 2010. Or, il existe des bâtiments quasiment zéro énergie, et les dernières normes Minergie-P-éco sont 7 fois moindres que la consommation  moyenne du parc immobilier suisse (et genevois) qui est de 700 MJ/m2
J’aimerais saluer ce projet et regretter toutefois ses limites.
En effet:
- si on veut être réaliste, il est nécessaire de définir une cible de réduction annuelle permettant de montrer comment on arrive au but visé d’ici 2050. Sur ce programme dégressif le projet est muet.
- si on veut être concret face aux propriétaires immobiliers, et au public en général, il faut mettre en avant les immeubles à basse consommation, les montrer, en discuter la faisabilité, le coût et l'exploitation.Le projet ne dit rien sur ce point -clé non plus.

Dans les propositions faites par le Conseil d’Etat , je souligne en particulier
•    L'introduction de la notion de coûts externes qui est essentielle, mais sa prise en compte dans les calculs de rentabilité devrait être imposée, afin de mettre fin aux calculations partielles et à trop courte vue.
•    La définition de valeurs limites par catégories d'immeubles est un autre point clé, mais il est délégué au règlement. A surveiller de près!
•    Des notions comme celles d'un audit annuel des bâtiments, des possibilités de contrôle pour l'autorité sont une base nécessaire pour serrer la vis et arriver à de vrais résultats.
•    Imposer 20% d'énergies renouvelables pour le chauffage et l’eau chaude est un premier pas important, mais un tiers vaudrait mieux. Surtout si la cible à viser est ¾.
•    De même la part de 30% d’apport par le solaire thermique est une avancée importante, mais il est tout aussi  important d'installer du photovoltaique si on veut arriver aux 2000 W "sans nucléaire" (et sans centrale à gaz  à en croire certains!)
•    Enfin, le projet reste trop flou concernant le financement.Il faudrait imaginer un mécanisme de financement à la hauteur des enjeux, ouvrant des lignes de crédit particulières, il faudrait aussi exiger que les reports de coûts pour travaux sur les locataires ne puissent pas aller au-delà de la compensation de la diminution constatée des charges de chauffage. Forts de ces dispositions, les audits annuels que le projet de loi prévoit devraient conclure sur des travaux d’assainissement systématiques.
•    Enfin, l’exemplarité des collectivités ou la planification territoriale énergétique sont d’autres dispositions importantes.

On ne peut qu’espérer que ce projet soit voté rapidement, avec les compléments signalés, pour nous permettre de passer enfin des recommandations à bien plaire à l’action résolue. Car chaque jour qui passe, nous transformons les réserves fossiles de pétrole non renouvelables en gaz modifiant l’effet de serre, en n’en utilisant qu’une infime partie. Ce gaspillage fou est une des aberrations les plus importantes de notre temps, et il faut impérativement y mettre fin. En ce sens le projet de loi du Conseil d'Etat, moyennant les ajouts susmentionnés, mérite tout à fait l'appellation de la loi de l'espoir.

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15/06/2008

Irlande-Europe 1:0

Le scénario est désormais bien rôdé. A chaque fois qu’un peuple est consulté sur une avancée de l’Europe, il saisit l’occasion inespérée pour dire leur fait à ceux qui gouvernent. Le cas irlandais ne déroge pas à cette habitude. Formellement, les juristes de la couronne trouveront les astuces qui permettront au traité de Lisbonne, sous-produit du rejet de la pseudo-constitution européenne recalée par la France et les Pays-Bas, de poursuivre son chemin et pour régler le Sonderfall Irlandais. Ce n’est ni le premier ni le dernier. Le problème n’est pas là. Il est de s’interroger sur cette prise d’otage récurrente du processus européen par les Neinsager de tout poil, alors que s’il est un pays à qui l’intégration européenne a profité, c’est bien l’Irlande.

Formulons donc l’hypothèse inverse : ce ne sont pas les motifs économiques d’abord qui guident les peuples mais les aspects politiques. Tout se passe comme si chaque fois qu’on voulait plaider le dossier européen par les voies du calcul et de la raison, on échoue, car on a affaire à une fédération de craintes et de réactions de rejet.

Plus on veut «raisonner» un peuple, plus il se rebiffer. Ce qui manque cruellement aux promoteurs de l’Europe, c’est l’élan, l’aspect émotionnel, le souffle créateur. L’Europe s’est illustrée jusqu’à la caricature en réglementant la courbure des bananes, alors que c’est tout autre chose qu’elle vise et représente. L’Europe ne guérira de sa langueur qu’avec plus d’Europe et non moins d’Europe. Seul un projet politique a des chances d’entraîner l’adhésion populaire. Qu’on se rappelle l’unité allemande, en 1990. Tous les économistes et tous les esprits raisonnables ont fait le calcul du poids que l’Est représenterait pour l’Ouest, et en effet ce poids reste lourd. Néanmoins le peuple allemand n’a pas hésité une seconde à répondre présent à l’invitation de l’Histoire, une fois le mur exécré tombé. Autrement dit, ce sont les technocrates qui règle à calcul à la main mettent en garde et raisonnent, et les peuples qui passent outre.

L’Europe est malade de ses technocrates. Elle ne pourra s’ancrer durablement dans les cœurs et les esprits que si elle se mue en dynamique fédératrice et positive. Que si elle rappelle qu’elle doit dépasser l’alliance opportuniste autour d’un marché commun qui rappelle furieusement une globalisation dont les mauvais côtés font à juste titre peur, devenir vision.

Une vision d’un continent uni mais valorisant ses différences. De régions enfin émancipées du rouleau compresseur de l’Etat Nation ignorant ses propres diversités (les Catalans, Bretons, Basques ou autres Gallois en savent quelque chose). D’un continent porté par un concept d’économie de marché à dimension sociale et écologique forte, tout le contraire du dumping social et de l’irresponsabilité écologique d’une certaine mondialisation sans foi ni loi. Un continent qui ambitionne de jouer dans le monde un rôle progressiste et stabilisateur, solidaire et capable de parler d’égal à égal avec les puissants du 21e siècle, que ce soient les puissances américaines (Etats-Unis, Brésil) ou asiatiques (Chine, Inde) ou encore la vaste Russie. Un continent capable de donner une voix à ses habitants.
Un continent qui réalise son unité culturelle et historique fondamentale, et qui s’en donne enfin les institutions.
C’est cela la vision européenne, celle des Schuman, de Gasperi, de Rougemont. Tous ceux qui souhaitent la primauté du politique sur les seuls mécanismes du marché doivent souhaiter la réussite du projet politique européen. Encore faut-il que se lèvent en Europe des femmes et des hommes politiques capables d’articuler cette vision. A ce prix, même les Suisses s’y reconnaîtront, car la Suisse, à l’image de cette Europe, est aussi un Etat pluriculturel, fédérant des volontés de vivre ensemble à travers une culture politique commune. La politique, comme la nature, a horreur du vide. Tant qu’il ne sera pas occupé par une vision constructive et dynamisante, il sera dominé par la peur, jamais bonne conseillère, et la volonté d’exister s’exprimera non pas de manière positive mais par le rejet de ce qui n’étant pas explicité ne peut pas être compris.

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06/06/2008

Après le coup de balai du 1er juin, légiférer sur les régies publics est urgent



Les trois lois qui prétendaient « dépolitiser » la gestion des régies publiques que sont les HUG, les TPG et les SIG ont donc été vigoureusement balayées par le peuple. En effet les citoyennes et citoyens se sont méfiés : dans ces entités se prennent des décisions qui ont une grande influence sur notre vie quotidienne, et nous les abandonnerions aux technocrates ?
Aujourd’hui la place est nette pour reprendre sereinement la question de comment gérer ces entités aux mieux, une fois l’exigence de responsabilité et de contrôle démocratique réaffirmée.
Il me semble que nous devrions tout d’abord lister les entités concernées. A mon sens il faudrait ajouter aux trois susmentionnées l’hospice général, tant qu’il existe en tant qu’entité juridique, l’Université, la banque cantonale, l’aéroport, les fondations immobilières d’intérêt public… Toutes ces entités ont finalement la même fonction : assumer une mission que la loi leur attribue, et qui est donc d’intérêt public.
On observe tout d’abord que les lois qui les instituent sont très différemment rédigées et structurées. Il conviendrait donc de définir un tronc commun à toutes ces entités.
Ce tronc commun expliciterait les objectifs de manière claire, les moyens mis à disposition, les attentes, les marges de manœuvre, la rémunération par l’Etat des prestations non rentables commercialement que l’Etat souhaiterait voir fournies (exemple : réseau TPG), les règles de rémunération des dirigeants, la façon de rendre compte…
Il faut battre le fer tant qu’il est chaud et clarifier règles et missions, marges de manœuvre et outils de contrôle, dans la plus grande transparence. Il n’y a pas de raison que le Grand Conseil puisse contrôler au nom des citoyennes et citoyens l’instruction publique ou les affaires sociales et que les soins hospitaliers ou la fourniture en énergie ne soient pas, à leur niveau, et par les organes prévus pour cela, l’objet d’un contrôle tout aussi efficace.
Finalement ce que les Genevoises et Genevois ont dit à une forte majorité le 1er juin, c’est qu’ils ne voulaient pas d’un Etat à deux vitesses. Au législateur de passer à l’acte et de définir le cadre d’action des régies et établissements publics.

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08/05/2008

le 1er juin: Peuple genevois ne te laisse pas déposséder!

La loi sur les régies publiques est une loi muselière, qui vise à évacuer les gêneurs et à avoir un conseil d’administration de béni-oui oui. Nous ne prêterons pas main forte à un tel scénario qui laisserait toute liberté aux technocrates et aux tendances à remplacer l’éthique du service public par l’appât du gain. Alors 3 X non le 1er juin, peuple genevois ne te laisse pas déposséder!

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04/05/2008

Pour une politique de sécurité de gauche


De récentes déclarations de Laurent Moutinot sur la poursuite des consommateurs de drogue ont suscité passablement de remous. D’une part de la surprise, car il existe une idée reçue selon laquelle la gauche serait négligente  en matière de sécurité. D’autre part, parce que des acteurs de terrain ont craint que ces déclarations entraînent un abandon de la politique de prévention, d’accompagnement et de thérapie engagée en matière de drogue de manière efficace, pragmatique, consensuelle et relativement à l’écart des turbulences médiatiques. Il n’en est rien, le sens des déclarations du magistrat en charge de la sécurité publique étant en effet de cibler sur ce seul aspect.

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27/04/2008

Développement durable,quoi de neuf?

Le développement durable vise à corriger un certain nombre d’erreurs graves de nos orientations individuelles et collectives. La définition a été mise au point par les Nations Unies en 1987, et depuis le concept et les enjeux se sont précisés à travers de nombreuses conférences internationales aboutissant sur des programmes négociés, comme l’Agenda 21 de Rio en 1992, ou le plan d’action du Sommet mondial du développement durable de 2002.

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13/04/2008

Social : un besoin d’action

   


Une vision moderne du social repose sur une approche à la fois individuelle et sociale : à l’individu de prendre en charge son existence, de prendre ses responsabilités devant la vie ; à la société de compenser les considérables inégalités de chance et de destin devant les aléas de l’existence.

Cette approche souligne l’importance de la vie en société. Le chacun pour soi peut séduire, mais assez vite on se rend compte que l’on a besoin les uns des autres. Pas plus que l’intérêt général ne résulte automatiquement de l’addition des intérêts particuliers, ces derniers ne sont automatiquement satisfaits par la seule réponse individuelle.

Comme leur nom l’indique, les socialistes se réfèrent au social et à la société : social, socialiste, solidaire, tout cela vient de la même racine, va dans le même sens. Notre vie se gère en lien avec les autres, nous ne sommes pas seuls sur cette Terre, et l’équité se définit au point d’équilibre entre l’individu et la société.

Beaucoup de personnes ont malheureusement oublié la raison d’être de la fiscalité, de la redistribution, de l’équilibre dans une société, comme elles ont oublié le rôle essentiel des socialistes dans la mise sur pied du droit du travail ou de l’édifice des assurances sociales. Aujourd’hui quand on lit que les aînés bénéficient globalement de revenus satisfaisants, c’est un succès de l’AVS, du 2e pilier et des prestations complémentaires cantonales voire communales. Ces acquis doivent être défendus.

Mais un diagnostic social montre qu’il reste de nombreux enjeux liés aux inégalités et que de nombreuses difficultés sont apparues qui exigent une grande vigilance et une bonne dose de créativité. La société à deux vitesses est hélas une réalité, et la prospérité n’est pas automatiquement partagée, il faut une volonté politique forte pour y arriver.

Aujourd’hui, certaines catégories et situations attirent plus particulièrement l’attention :  les personnes à charge d’enfants ou de personnes âgées, ou encore handicapées ; les familles monoparentales ; les inégalités salariales et autres qui subsistent entre hommes et femmes et qui sont coresponsables avec les bas salaires de poches de pauvreté ; les working poor précisément (plus d’un salarié sur dix ne gagne pas assez pour vivre) ; la fragilité d’une bonne partie de la classe moyenne, voilà quelques-uns parmi les enjeux sociaux actuels.

Quatre axes d’action pour y répondr,e me semble-t-il, s’imposent :

1)    L’axe du droit du travail. Face aux salaires insuffisants, aux risques de dumping social, au travail au noir, il convient de revisiter le droit du travail tel qu’il résulte de la législation fédérale (Loi sur le travail, Code des obligations) et également de déclarer obligatoires les conventions collectives de travail. A cet égard, le rôle essentiel des syndicats ne saurait être assez souligné.
2)    L’axe des prestations. Ces dernières sont aujourd’hui d’une grande complexité, relèvent de nombreuses lois (allocations, prestations diverses) et les situations sont parfois bien difficiles à gérer. En particulier les effets de seuil doivent être mis en exergue, car sans dégressivité des prestations, si elles sont accordées entièrement ou alors pas du tout, il arrive plus souvent qu’on le pense que mieux vaut recevoir des prestations que de retravailler ! Il faudrait arriver à simplifier le système et à assurer, par la convergence des prestations, à la fois une incitation au travail ne serait-ce qu’à temps partiel, et un revenu minimum décent pour tous.
3)    L’axe de la formation. Les situations difficiles sont très largement en lien avec des formations déficientes. Le manque de qualification est rédhibitoire sur le marché du travail, et tout ce qui peut inciter un individu à améliorer ses compétences est un investissement à la fois dans l’économique et dans le social.
4)    L’axe de l’égalité entre hommes et femmes. Un autre déterminant des situations difficiles est la charge de famille, par ailleurs les familles monoparentales sont essentiellement féminines. Ces femmes sont souvent peu qualifiées et travaillent dans des professions à faible rémunération, et aux problèmes matériels s’ajoute une constante course contre la montre. Statistiquement les femmes souffrent toujours d’un retard important et inacceptable en termes de rémunération.
Enfin, il importe que toute action concernant une catégorie sociale soit le plus possible menée en concertation avec les organisations, associations et autres entités représentatives de ces catégories. Plus encore que dans tout autre domaine, la pertinence du social se mesure sur le terrain.

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24/03/2008

Paychère ou Zapelli, c'est pour six ans!

Dans leur sagesse, les Genevois se sont réservé l’élection par le peuple de leurs magistrats du pouvoir judiciaire. Le 3e pouvoir n’échappe pas à la démocratie ! Pour l’essentiel des postes à pourvoir, ce choix est dans la pratique délégué aux partis politiques qui, cette année à nouveau, ont réussi à se répartir sans trop de heurts les diverses places de la magistrature. Histoire de rappeler que, tout en sachant que chaque juge est strictement lié à la lettre et à l’esprit de la loi, il reste toujours une marge d’interprétation. Cela est vrai dans les grandes causes, celles qu’on voit dans les médias ou dans les films, c’est vrai  pour les plus modestes affaires aussi. Le droit et l’humain se donnent la main, et soulignent toute l’importance de la personnalité du juge. Notons enfin que le mandat des magistrats est de six ans.

Seul poste sur lequel entre les partis le consensus n’a pas pu se faire, et le plus important de tous : celui de procureur. Maître de l’accusation, garant de l’intérêt public, garant aussi du bon fonctionnement de l’appareil judiciaire tout entier, il est la pièce maîtresse du dispositif. Et nous avons tous intérêt à une bonne administration de la justice ! Les personnalités sont contrastées. D’un côté un titulaire sortant, élu d’extrême justesse voici six ans, figurant du statu quo. Disert, bonhomme, souvent vu dans les salons, mondain à ses heures, il incarne bien les choix de son camp. Une politique agissant au niveau des effets, et par à-coups, dont la lisibilité n’est pas la première qualité. Plus prompt à dégainer contre les squatters et les mendiants (organisés ou pas), quitte à ramasser leur sébille au passage. Plus réservé quand il s’agit de porter l’estocade contre les Etats mafieux et leurs agents, les agissements financiers douteux et hélas souvent désastreux pour les plus faibles. Dans une place financière comme l’est Genève, trier le bon grain de l’ivraie est pourtant essentiel si on veut éloigner le spectre de la république bananière.

De l’autre côté, l’impétrant. Un peu raide, comme la justice, dira-t-on. Mais sans fioritures, il va droit au but et affiche ses principes. La garantie de la rigueur, de la loi la même pour tous. Ardu et ardent à la tâche, lettré, il fait avancer doctrine et jurisprudence, a un regard sur l’équité particulièrement aigu : traiter riche et pauvre également, regarder néanmoins le souci du plus démuni avec une bienveillance certaine, c’est cela une justice à visage humain. Si la petite délinquance n’a droit à aucune mansuétude, encore faut-il pour être efficace vouloir remonter les filières au prix d’un patient travail et d’une obstination à toute épreuve. Le prédécesseur du titulaire actuel, Bernard Bertossa a su le faire, et en a fondé une réputation internationale, affirmant en toutes circonstances la primauté de la volonté de faire table rase du crime organisé. Pour quelle vision de la justice penchera la République ? La fausse bonhomie de l’un, la droiture incarnée de l’autre ?

Pour ceux qui hésitent, le traitement donné par chacun des candidats à l’affaire de Vernier est éclairante. Au risque de s’aliéner des voix qui, dans une élection, peuvent s’avérer décisives, Paychère, comme juge au Tribunal administratif, devant les constats de nombreuses incorrections, assume pleinement l’arrêt du 5 février de la juridiction qu’il préside et invalidant l’élection du candidat MCG à l’exécutif de Vernier, Cerutti. Le jugement est disponible sur Internet et liste tous les faits, dont la réalité ne saurait être contestée. Les mêmes faits selon le procureur en place Zapelli ne méritent aucune accusation pénale. Aucun juge ne pourra donc plus se pencher sur les aspects pénaux de manipulations électorales avérées qui, si elles faisaient école, mineraient gravement la confiance des électeurs dans les mécanismes d’expression de la volonté populaire. Le candidat Zapelli, faisant usage de son pouvoir d’appréciation, a en effet classé la plainte par son ordonnance du 14 mars. Rester ferme et fidèle à ses principes, dût-il en coûter électoralement, voilà le choix, en pleine campagne, du candidat Paychère. Un tel comportement doit être largement connu et souligne qu’il est le procureur qu’il nous faut.

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15/03/2008

La saga des décehts - et maintenant?

La saga des déchets napolitains touche à sa fin. Que penser de ce bref mais violent ouragan qui a traversé notre petite république ? Typique d’une fausse bonne idée : le ministre de tutelle des SIG, conforté par les assurances des technocrates, croit bien faire en proposant ce qui semble être une de ces fameuses situations «win-win» («gagnant-gagnant») : nous nous faisons du bien en valorisant notre surcapacité en matière d’incinération, nous faisons du bien aux autres en prenant en charge leurs soucis.

Puis la politique s’est invitée dans ce projet qui présentait l’apparence d’une certaine logique. Et les questions fusent : quels déchets ? quelle origine ? Pourquoi cette gabegie dans un des pays fondateurs de l’Europe ? qui profite de ce trafic ? quels contrôles ? Que penser du développement du tourisme des déchets ? Et surtout, cette question qui me semble la plus importante entre toutes : pourquoi cette surcapacité des Cheneviers ?

Aussi loin que je m’en rappelle, à chaque fois - lorsque cette usine d’incinération était encore dans le giron de l’Etat - qu’il fallait se prononcer au Grand Conseil sur des crédits concernant l’extension des capacités, il s’est trouvé une majorité politique paniquée à l’idée que nos rues seraient jonchées de déchets. Et surtout qui ne croyait pas à la prévention ou à un recyclage accru. A société de consommation, usine d’incinération ! Et ceux qui, comme moi, plaidaient pour donner une chance à une autre façon de gérer nos ressources étaient renvoyés dans les cordes. D’accord, depuis plusieurs années, près de 30'000 personnes sont chauffées grâce à la récupération de la chaleur excédentaire de cette usine : autant d’habitants affranchis du pétrole. Mais ne nous leurrons pas : le pouvoir calorifique des Cheneviers supporterait encore un joli développement du recyclage avant de manquer aux habitants raccordés à CADIOM. Chauffage écologique et comportement écologique par le tri des déchets sont loin d’être en concurrence !

Sur le tourisme des déchets en lui-même, je considère que c’est une aberration, s’agissant des déchets ménagers. Chaque région doit assumer la gestion de ses déchets, faute de quoi aux camions et trains transportant à travers toute l’Europe des marchandises (en des circuits parfois fort discutables) il faudrait ajouter les mêmes mouvements de déchets !

L’addition de deux éléments, la surcapacité des fours et l’orientation de plus en plus commerciale des SIG, exploitants de cet équipement, fait que les importations de déchets sont malheureusement plutôt la règle que l’exception ; la polémique autour des déchets de Naples a eu ce mérite de mettre ce dysfonctionnement chronique en évidence. Le mécanisme de l’évolution de ces dernières années est simple: le premier mouvement a été le transfert des Cheneviers aux SIG, «vendu» au bon peuple voici quelques années comme une évidence purement fonctionnelle, puis a suivi l’orientation de plus en plus commerciale des SIG, enfin le récent transfert des actifs a renforcé la pression pour rentabiliser les équipements. Oui, les déchets de Naples ne sont que le sommet de l’Iceberg ! L’interdiction d’importer prononcée à juste titre par le Conseil d’Etat ne met pas fin pour autant à la dérive commerciale de ce qui fut naguère un établissement public, dévolu au service public.

Et derrière cette affaire se profilent les enjeux de la votation référendaire du 1er juin sur le contrôle politique de ces établissements que sont les SIG, les TPG ou les HUG, dont les organes prennent quotidiennement des décisions de portée politique qui nous concernent tous. L’absentéisme du ministre de tutelle lors des séances des conseils d’administration des SIG ou des TPG préfigure-t-elle l’abandon du contrôle politique voulu par la majorité du Grand Conseil ? Je pense qu’au contraire une supervision politique est plus nécessaire que jamais. C’est cela la vraie leçon de l’affaire des déchets de Naples.

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09/03/2008

10 mars solidarité avec une des dernières colonies au monde, le Tibet

Le Tibet est connu de tous à travers les récits des explorateurs qui ont utilisé mille astuces pour pénétrer clandestinement au Pays des Neiges, à l’exemple d’une Alexandra David-Néel, du souvenir de Tintin au Tibet mais aussi par la lumineuse figure de son chef spirituel en exil, le Dalaï Lama. Politiquement, on sait que le peuple tibétain est un des nombreux peuples sans Etat, à l’image des Kurdes, des Sahraouis, de la plupart des peuples autochtones et d’autres minorités nationales. Et que aujourd’hui il est une des dernières colonies du monde. Souvent on pense à tort que c’est une cause perdue, tant est forte la pression du bientôt un milliard et demi de Chinois.

Notons que le Dalaï Lama ne réclame pas un Etat tibétain mais le respect des accords passés lors de l’incorporation forcée par Mao du Tibet à la Chine en 1951, et du statut d’autonomie alloué, mais nullement respecté, à la soi-disante Région Autonome du Tibet.

Aujourd’hui tout un chacun est en mesure de faire un bilan de la modernisation, au forceps, à coups de concepts staliniens, de la Chine, ces 50 dernières années, aboutissant sur un curieux mélange de libéralisme effréné et de totalitarisme politique. Les Droits de l’Homme n’existent pas en Chine, ou seulement dans les limbes. Ils existent encore moins au Tibet, et on comprend bien que l’un ne va pas sans l’autre : émanciper le Tibet c’est émanciper la Chine, et la démocratisation de la Chine est certainement un des grands enjeux de ces prochaines années.

Un peu d’histoire maintenant. Une culture, une civilisation originale avait trouvé sa place sur les hauts plateaux de l’Himalaya, forteresse longtemps imprenable sur le Toit du Monde. Débordant sur les Etats voisins, Népal et Bhoutan, existant également au Ladakh et dans les steppes de Mongolie, une forme particulière du bouddhisme s’est développé dans ce pays, valorisant l’exercice spirituel et la découverte par le pratiquant de sa propre nature. L’Occident à la recherche de spiritualités vécues ne s’y est pas trompé, et l’engouement pour le bouddhisme tibétain n’est en rien dû au hasard.

Ce qu’on sait moins, c’est que dans le pays où il est né, il est totalement interdit d’arborer le drapeau tibétain ou de demander publiquement que l’autonomie accordée théoriquement au Tibet soit respectée. La culture traditionnelle (langue, écriture, médecine, architecture, artisanat, broderie, danses, musique et j’en passe) du Tibet sert davantage de décor pour touristes, qu’elle n’est encouragée par les autorités en place, beaucoup survit en cachette et il faut savoir avancer masqué. Toute manifestation politique conduit infailliblement en prison et les listes d’Amnesty International sont pleines de cas d’emprisonnements politiques au Tibet (et dans le reste de la Chine également bien entendu). Le gouvernement chinois joue constamment sur l’amalgame séparatisme (quasi inexistant parmi les Tibétains et respect du régime d’autonomie que tous réclament).

Sur les milliers de temples foisonnants avant 1951, seuls quelques-uns ont survécu, et leur activité reste étroitement surveillée. Le gouvernement chinois se mêle même de contrôler les procédures de recherche de «réincarnations» de lamas… Dans les villes, l’architecture traditionnelle est largement supplantée par les blocs de béton, et la Chine ne respecte pas mieux l’histoire des autres peuples qu’elle gouverne qu’elle ne respecte la sienne (les bulldozers n’ont aucune pitié pour l’ancienne substance architecturale des villes chinoises). Mais dans le cœur des Tibétains leurs racines demeurent vivaces. Ils ont besoin de notre solidarité.

Ainsi annexé à la Chine en 1951, le Tibet a connu dans un premier temps une période de relative cohabitation avec régime dominant, et dans ces années 50 le jeune Dalaï Lama a fait le maximum pour que les accords passés (qui rappellent furieusement les traités passés par les Etats-Unis et les tribus indiennes…) connaissent un semblant de respect. L’autobiographie du Dalaï Lama («Ma terre et mon peuple») rappelle très bien ces épisodes. Mais les difficultés s’accumulèrent et les dirigeants maoïstes n’entendaient pas véritablement accorder à qui que ce soit le droit à la différence, à un développement séparé. Suite à un soulèvement populaire en 1959, à Lhassa, durement réprimé, le Dalaï Lama dut fuir son pays, et il en résulta 20 années très difficiles qui culminèrent dans la folie destructrice de la révolution culturelle de la fin des années 60. Les premières tentatives d’assouplissement du régime chinois, qui connurent elles aussi leur temps d’arrêt après le drame sanglant de la place Tien An Men de juin 1989, apportèrent, avec leur cortège de touristes, une première bouffée d’oxygène au Tibet. Depuis la situation y demeure très précaire, moments de libéralisation alternant avec périodes plus répressives.

Depuis son lieu d’exil en Inde, le Dalaï Lama continue son combat non violent et en prenant à témoin l’opinion publique mondiale pour le respect des droits de son peuple et de sa culture séculaire. Le 10 mars, date de sa fuite, est dans le monde entier le jour du Tibet. Pensons-y ce 10 mars. Et pour l’aspect politique, je relève que de plus en plus de collectivités arborent soit pour ce jour, soit pour tout le mois, soit en permanence ce drapeau tibétain interdit sur son propre sol. Que cette démonstration de solidarité fasse école et que les drapeau tibétains éclosent sur nos bâtiments publics !


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02/03/2008

Europe: chance et non menace

L’Europe a mauvaise presse, il est devenu de bon ton de dénigrer la construction européenne, de l’assimiler à un ensemble technocratique sans âme et sans but autre que la maximisation des affaires. Peu à peu l’opinion se laisse intoxiquer par ces poncifs et oublie que l’Europe est un grand enjeu politique, peut-être le plus important de ces 50 dernières années. Et en Suisse autant il était à la mode d’être proeuropéen dans les années 1990 autant cette option paraît aujourd’hui ringarde et dépassée. On admet communément que notre rôle de spectateurs passifs nous convient et que nous avons raison d’être le Monaco ou le Liechtenstein d’une l’Europe qui essaie de gérer son processus de rapprochement sous nos yeux et devant notre porte.

Cette attitude ne me paraît pas digne du projet politique qu’est notre pays. Car la Suisse, exactement comme l’Europe, n’est pas née d’une entité ethnique préexistante mais d’une volonté politique, celle de vivre ensemble et d’assumer son destin ensemble.

En effet, il faut rappeler en Suisse et aux Suisses certaines vérités de base, peut-être pas bonnes à dire :
•    Qu’il y a similitude étroite, voire identité entre le processus qui a permis à la Suisse moderne d’émerger à partir de territoires dispersés et disparates, et la construction laborieuse et lente de l’Europe.
•    Qu’il est vital qu’il existe des espaces de régulation face aux seules lois du marché et qu’une Europe limitée à un espace économique est une parodie d’Europe.
•    Que l’Europe doit être une Europe forte, agissante, solidaire à l’interne comme à l’extérieur, démocratique et décentralisée, telle que les grands penseurs européens du 20e siècle l’ont décrite, à savoir un dépassement des Etats-nations.

L’Europe doit clairement se référer à cette idée pluriculturelle de cohabitation des différences, et d’ailleurs n’oublions pas que les Etats-nations sont les premiers à nier leurs propres minorités culturelles et nationales. D’ailleurs plus l’Europe se construit, plus ses Etats membres se décentralisent (exemple de l’Espagne, de la France et même de la Grande-Bretagne).

Un tel message fait appel à la nature profonde de la Suisse, et  contre fondamentalement l’usurpation de patriotisme que propage fallacieusement une UDC car la vraie identité de la Suisse est la suivante :
•    Au cœur de l’Europe nous sommes composés de trois peuples d’Europe,
•    Nous formons une mini-Europe au cœur de l’Europe,
•    Nous tirons notre prospérité de la bonne entente avec l’extérieur et notre cohésion d’une pluriculturalité séculaire.
C’est ainsi parce que nous nous sentons pleinement Suisses et conscients de ce qu’est notre histoire suisse que nous aspirons à être pleinement européens.

En stérilisant la dynamique de notre histoire, en fossilisant le projet politique suisse, l’UDC vise une stratégie très claire, qui consiste à éviter que l’Etat se reconstruise à la dimension où il est aujourd’hui pertinent : pas au niveau des Etats actuels mais à celui des continents. C’est là qu’il doit être fort, si l’on veut tant soit peu cadrer le pouvoir économique qui se joue de nos petits Etats actuels. En gardant l’Etat bien enfermé dans ses limites géographiques, en se servant d’une caricature de patriotisme le parti de Blocher sert un seul objectif : réduire l’Etat lui aussi au rôle de caricature et à l’impuissance. C’est trahir et la Suisse et le projet européen, c’est dissoudre le politique dans le marché. Exactement le contraire de ce qu’il nous faut!

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17/02/2008

Développement urbain: tirer les leçons du passé




Peu à peu un nouveau consensus se fait jour sur le développement de Genève. D’une part au niveau de la vision spatiale. Depuis quelques années, contrairement aux décennies précédentes, plus personne n’ose penser Genève sans penser région. Progrès important : les acteurs acceptent de prendre en compte les responsabilités et les conséquences de leurs décisions sur l’espace commun. D’autre par,t contrairement là aussi aux décennies précédentes, le développement est accepté dans son principe et Genève se réconcilie avec son destin de centre assumé d’une région en construction.

A travers des démarches comme le projet d’agglomération, des pôles de développement s’esquissent côté Ouest et Sud. Des critères doivent maintenant être posés. J’en rappelle quelques-uns qui sont à mon sens des exigences pour une vraie urbanisation qui donne du sens et non pas une juxtaposition de projets qui finiront par remplir le territoire mais qui ne forment aucunement une trame cohérente.

- L’avenir de la zone agricole ne doit pas être discuté que sous l’angle d’une réserve de terrains à bâtir, mais en fonction du type d’approvisionnement que nous voulons. Le canton a mis en place une e promotion de l’agriculture de proximité pour notamment des raisons de bilan énergétique (lié aux transports) et il faut maintenant définir quel est le besoin objectif en terrain dans toute la région pour assurer cette politique. Je considère normal qu’une agglomération soit d’abord alimentée par des produits de proximité !
- La biodiversité que des accords internationaux nous imposent de préserver ne se garantit pas que par la délimitation de réserves naturelles et de zones protégées mais doit être promue sur tout le territoire. A travers des mesures adaptées à chaque zone (principes de gestion) il s’agit, là aussi en fonction de considérations objectives, d’assurer de l’espace aux espèces (il n’y a pas que l’espèce humaine sur terre !).
- En matière de transports, le programme de (re) mise en place sur les grands axes d’une desserte tram et ferroviaire va encore prendre une décennie avant de pouvoir réellement prendre en charge les flux de pendulaires ; il doit absolument être complété de parkings d’échange, de modérations du trafic et d’itinéraires pour la mobilité douce en plus grand nombre.
- Enfin la crise du logement exige d’intensifier la mise à disposition d’appartements pour toutes les catégories sociales, des LUP à la PPE. Avec le logement va naturellement tout un programme d’équipements : écoles, places de jeu, commerces, espaces de rencontres, etc. qui font que la réponse au besoin de logement ne peut jamais être détachée de l’aménagement urbain dans son ensemble, son agencement et également son impression d’ensemble.
La crise est partout et la réponse ne peut être que la création de nouveaux quartiers et la densification qualitative des espaces existants. A ce titre il est essentiel de ne pas opposer quantité et qualité. Des quartiers tout à fait conviviaux peuvent exister dans des zones très denses, et l’univers pavillonnaire et certains espaces de nos banlieues hérissés des tours et des barres des années 60 et 70 montrent qu’une densité moindre ne garantit aucunement la qualité du tout.

Il faut donc urbaniser. Mais de grâce tirons les leçons des erreurs et des zones (immeubles ou villas) faites de juxtapositions incohérentes et en répondant aux autres exigences de notre temps. A cet égard, les critères actuellement discutés et promus autour de la notion d’écoquartier me semblent particulièrement pertinents: minimisation de l’empreinte écologique par l’agencement des constructions, de la mobilité et du chauffage (énergie, eau), promotion de la biodiversité et des matériaux sains, d’une alimentation de proximité et minimisation aussi des déchets. Une grande attention est accordée à la mixité, à l’animation et à la prise en charge par les habitants, aux espaces publics, aux lieux de réunion et à la convivialité.

Une bonne partie de la réponse aux défis du logement, des transports, de la mobilité et de la qualité de l’espace se trouve dans ces orientations. C’est elles qu’il faut favoriser et promouvoir. La ville de demain sera une écoville, les nouveaux quartiers et les quartiers existants conçus selon les critères des écoquartiers. En fait ces critères ne font qu’actualiser ce que les paysagistes et urbanistes du début du 20e siècle avaient imaginé sous forme de cité-jardin, de cités ouvrières et coopératives etc. Cessons la ghettoïsation sociale du territoire, ghettos de riches ici, ghettos de pauvres là et admettons que ce sont précisément les moins bien lotis qui ont le plus besoin de cohérence urbaine. C’est leur faire injure que de limiter notre intervention à une pure réponse quantitative à la crise du logement.

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03/02/2008

Le 24 février: un grand oui à la Constituante

Dans trois semaines nous saurons si Genève reste le Sonderfall, seul canton à n’avoir pas osé se lancer dans la dynamique démocratique de la réécriture de sa constitution.
Datant de 1847 ( !), issue de la « révolution radicale » et rapiécée plus de 100 fois, elle est illisible, peu cohérente, avec des densités rédactionnelles très variables, pleine de lacunes.
On cherche en vain une liste des tâches de l’Etat, un catalogue des droits sociaux, une définition du rôle des communes...

Sur les panneaux d’affichage je découvre d’étranges slogans. Il semblerait que voter pour une élection d’une constituante conduirait à réintroduire la chasse dans le canton, le nucléaire et même à supprimer le droit au logement. Craindre cela c’est méconnaître totalement comment ont fonctionné les 25 processus de révision totale des 25 constitutions cantonales qui ont eu lieu ces 40 dernières années.

Dans aucun cas il n’y a eu recul en matière de protection de l’environnement ou de droits sociaux. Au contraire, la légitimité du rôle de l’Etat en est sortie renforcée et la transparence de ses processus également : programmes de législature, indicateurs d’efficacité, accès à l’information, droit de vote pour les étrangers sont autant d’acquis de ces travaux. Qui ont par contre presque toujours suscité l’opposition de la droite conservatrice (UDC et libéraux selon les cantons). Et toujours été validés en votation populaire.

Si on se donne la peine de lire la constitution actuelle, que voit-on ?

•    Un luxe de détails sur certains points, qu’on pense aux articles sur le Conseil d’Etat (par exemple l’article 123 !), le Grand Conseil, le Conseil municipal de la Ville de Genève, sur les SIG… même des tarifs y figurent (voir art. 36 et 37).

•    Mais presque rien sur d’autres points : rien sur les tâches des communes, (par contre on s’étend avec force détails sur leur organisation), sur les relations entre Parlement et Gouvernement (le programme de législature n’est même pas cité), rien sur les objectifs économiques et sociaux du canton (il faudrait interpréter les maigres indications figurant dans les articles parlant de l’Hospice général pour les objectifs sociaux et de la Banque cantonale pour les objectifs économiques).

•    Pour les tâches de l’Etat, on trouve, placés au hasard des révisions partielles des dernières décennies, le soutien à la famille, le droit au logement, l’égalité entre hommes et femmes, la protection de l’environnement (qui décrit plutôt la notion de développement durable), la politique de l’énergie, l’interdiction de la chasse, « l’assistance publique », et tout ceci à des niveaux de rédaction très variables. Parfois ce sont des intentions, parfois des attributions de compétence, alors qu’il faudrait une systématique (compte tenu bien entendu des contraintes du droit fédéral).

•    En cherchant les droits individuels, on trouve là aussi pêle-mêle, l’inviolabilité du domicile, la liberté du commerce et de la presse, celle d’établissement, le droit d’enseigner (ce dernier réservé aux Suisses !), le libre choix du mode de transport, selon 160A (mais l’obligation de l’Etat de favoriser la mobilité douce, dans l’article sur l’énergie, 160E, al 3, lettre b), le droit de pétition (à l’art. 11, juste après celui sur le droit au logement, mais le droit de pétition devrait logiquement figurer au chapitre des institutions), un droit à l’instruction qu’on peut déduire de l’article 162 al. 2. Là aussi les formulations sont disparates et occupent tout l’éventail entre une liberté justiciable devant un tribunal et un objectif assigné à l’Etat (politique des transports, du logement ou de la famille) non concrétisable en justice.

•    On peut aussi s’étonner de la disparité dans le traitement des établissements publics tels que les SIG (titre XA), les TPG (art. 160 C), l’HG (art. 170) ou la BGC (article 177). Il faudrait viser une égalité de description des objectifs et des modes d’organisation.

Et si cet inventaire ne devait pas suffire à vous convaincre ? Deux autres éléments encore.
Le mode de travail de la constituante prévoit des processus participatifs, et il faudra les organiser de manière forte et crédible, car l’enjeu est de taille : définir ensemble le rapport entre la sphère individuelle et la sphère sociale, le rôle et le fonctionnement des divers niveaux de l’Etat.
Et à la fin, il y aura la sanction populaire. Je ne vois pas comment le même peuple qui a voté contre la chasse sur le territoire cantonal, le refus du nucléaire et le droit au logement validerait une constitution qui reviendrait en arrière sur ses propres décisions.

En un mot comme en cent la dynamique vaut la peine d’être lancée.

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21/01/2008

Un Parti socialiste pour quoi faire?

Il y a des personnes à qui l’individualisme, le chacun pour soi convient. Il y a des personnes qui pensent qu’il en résultera comme par enchantement le meilleur pour tous. Il y a des personnes qui pensent qu’il n’y a pas besoin de vision collective ni de projet fédérateur, que tout finira par s’arranger…

L’histoire enseigne que les sociétés qui vont bien sont celles qui trouvent un bon équilibre entre liberté et responsabilité, entre initiative privée et cadrage collectif, esprit d’entreprise et égalitarisme. Depuis leur fondation, au plus fort de la révolution industrielle, au milieu du 19e siècle, les socialistes ont affirmé ces exigences, insisté sur la nécessité de donner du sens aux activités humaines, à orienter le progrès vers des valeurs sociales et humaines, de se donner les moyens de déterminer collectivement ce qui est un fait collectif.

La question de l’Etat a toujours été la pierre d’achoppement du mouvement socialiste : outil nécessaire de l’équilibre et du bien commun, et certains se sont fourvoyés, les uns en niant tout pouvoir coercitif (le cas, très minoritaire, du courant anarchiste) et d’autres, nettement plus nombreux, dans le sillage de la révolution russe mais pas seulement, en souhaitant à l’inverse un pouvoir sans partage. Dès les années 20, le socialisme démocratique a pris ses distances avec l’étatisme, soulignant que l’Etat devait être d’autant plus soumis au contrôle démocratique, aux procédures transparentes et au respect des droits humains qu’il est obligé d’intervenir au sein de la société pour protéger le faible du fort, assurer l’équité et l’intérêt général.

Cet Etat est un Etat subsidiaire, qui assure les garde-fous nécessaires, qui favorise l’engagement citoyen et l’entretien du tissu social, qui encourage les individus à se prendre en charge et compense les inégalités. Tout en ne se laissant pas abuser par ceux qui refusent de mettre la main à la pâte, un tel Etat tant régulateur que partenaire reste sans illusion sur l’ambiguïté de la nature humaine.

Aujourd’hui plus que jamais, les valeurs de socialisme démocratique sont indispensables pour assurer les contrepoids nécessaires à la loi du plus fort, à la froideur d’une fuite en avant dans le toujours plus et la perpétuation des inégalités. Les ressources de la Terre doivent être partagées entre tous les humains, en pensant aux plus démunis d’abord, l’égalité de chances et de droit assurée. A ce titre il n’y a pas de séparation entre le mal infligé à la nature et au mal infligé aux humains, mais un seul souci, celui de gérer la Terre des humains de manière responsable et respectueuse.

Les socialistes savent que les premiers à souffrir de la raréfaction des ressources due à la surexploitation de la Terre sont les plus pauvres ; le changement climatique, généré par les pays industrialisés mais dont les victimes sont d’abord les pays pauvres, illustre très bien ces convergences entre préoccupations écologiques et sociales. Seul un cadrage efficace de l’économie, de la technique et des comportements pourra nous permettre d’assurer un avenir vivable, et à nouveau cette primauté du collectif signale le bien-fondé et la nécessité d’une social-démocratie forte.

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13/01/2008

Taxe sur les combustibles, une mesure insuffisante




Juste avant Noël la Tribune de Genève publiait un éditorial «Taxe CO2 : ça va chauffer pour les locataires» (E. Bolleter, 21 décembre). Cet article vise juste mais occulte certains points, que je voudrais développer ci-dessous.

Précisons tout d’abord que, comparée aux autres prélèvements effectués sur les produits pétroliers, avant tout de nature fiscale, la taxe est relativement indolore, de quelques centimes seulement. Pour la «sentir passer», il faut vraiment consommer beaucoup…

Ensuite, le but de la taxe n’est pas d’alimenter la caisse de l’Etat, mais d’inciter à moins consommer. Son produit sera restitué forfaitairement aux ménages, comme cela se fait maintenant depuis plusieurs années avec la taxe sur les composés organiques volatils (COV), soit des polluants largement utilisés dans les colles, les peintures etc. Cette restitution vient en déduction des factures d’assurance maladie et est d’environ 15.- par année. Bien entendu un tel système n’a de sens que si des possibilités de substitution existent. Pour les COV, de nombreux produits sans solvants sont disponibles et d’ailleurs les émissions de COV ont reculé des deux tiers depuis l’introduction de cette taxe.

S’agissant du chauffage, 40% de la facture pétrolière est due à ce poste, plus important que les transports, aviation et route réunis. Pour l’essentiel, cette énergie est aujourd’hui consommée en pure et perte ressort littéralement par la fenêtre de nos maisons mal isolées. En effet, la consommation énergétique moyenne de notre parc immobilier suisse est de 700 MJ/m3 - soit 6 à 7 fois plus que les bâtiments à haute performance énergétique que l’on sait construire aujourd’hui, selon des standards comme minergie P ou minergie-éco !

Et chaque jour, des décisions d’investissement se prennent au niveau des gestionnaires du parc immobilier, et chaque jour des investissements ne sont pas faits parce que le comparatif entre le coût du pétrole et le coût des mesures d’assainissement n’est pas encore suffisamment en faveur de ce dernier...

Dans tous les cas, quelques centimes d’augmentation du mazout ne sont qu’un timide avant-goût des augmentations brutales et imprévisibles qui risquent de nous être imposées par les multinationales du pétrole et les Etats producteurs. C’est de cela qu’il faut se rendre indépendant.

Maintenant il est vrai que la taxe frappera les locataires, qui sont les deux tiers de la population, et que ceux-ci n’ont qu’une petite marge de manœuvre. Encore que, sachant que chaque degré de plus représente 7% de consommation en plus, on doit se demander s’il faut vraiment surchauffer nos appartements au point de s’y sentir en plein été…

Il faut donc travailler en finesse. Si les locataires voient augmenter leurs charges, cela va politiquement augmenter la pression pour renforcer les exigences énergétiques car tout ce qui sera économisé allègera directement leurs factures. Reste que cela ne constitue pas un stimulant suffisant pour le propriétaire, et comme le rythme naturel de renouvellement du parc immobilier est de 100 ans et de rénovation majeure de 30 à 40 ans, sans un plan volontariste d’assainissement de ce parc, comportant des subventions ou des prêts préférentiels aux propriétaires à la clé, on continuera à transformer du pétrole en CO2 - en pure perte pour nous mais de manière lourde de menaces pour la biosphère dans laquelle nous vivons.

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