Et si le télétravail permettait de résoudre à la fois la crise du logement et celle des transports ? Un petit exercice de calcul...

Parmi les pratiques de la crise sanitaire qui vont sans doute demeurer, une des premières est certainement le télétravail. Certes, il ne convient pas à tous types d’activités, ni à toutes les situations familiales ou de logement. Certes, il doit être une option et pas rester à demeure une obligation. Mais, surtout dans une économie tertiarisée comme celle de Genève, il doit sortir de son statut de niche, une quasi-faveur ou une exception vue par la hiérarchie avec une pointe de suspicion.

Il correspond bien aux tendances RH vers plus de délégation, de responsabilisation et de conduite par objectifs. Et surtout, le télétravail aiderait à lutter contre deux fléaux chroniques de Genève : la crise du logement et la crise des transports, qu’aucun des investissements conséquents, ni dans le bâtiment ni dans l’offre de transport, n’a encore réussi à combattre vraiment.

Crise du logement ? Oui, puisque la définition même du télétravail implique identité entre lieu de travail et domicile. Jusqu’à présent, chaque travailleur occupait successivement deux lieux : son domicile puis son travail, sachant qu’il y en a toujours un qui reste vide (qu’il s’agisse d’openspace ou de bureaux assignés). Et plus il y aura de personnes travaillant à la maison, plus il y aura de surfaces de bureau devenant disponibles.

Admettons que c’est le secteur tertiaire qui se prête le mieux au télétravail, et que, vu les contraintes des situations individuelles, 40% (valeur moyenne incluant les moments de retour au lieu de travail, de réunions et de déplacements professionnels, etc.) des salarié.e.s de ce secteur travailleront désormais durablement à domicile.  

Comme ce secteur représente 270'000 emplois temps plein (les personnes à temps partiel pouvait naturellement se partager un bureau, seul compte pour ce calcul l’équivalent temps plein, ETP), cela libérerait les espaces de bureau d’environ 110'000 ETP. Comme on compte 15 mpar travailleur environ, cela donne 15 x 110’000 = 1’650’000 mqui ne seraient plus nécessaires et qui pourraient à terme être transformés .... en logements ! Et si on admet une surface moyenne de 80 m par logement, le calcul est vite fait : 20'600 logements en plus, soit davantage que la production des dix dernières années... 

Ajoutés aux quelque 250'000 mde bureaux déjà vacants, il y a là un vrai gisement à creuser. Et dont la mobilisation semble bien plus rationnelle, et probablement aussi plus rapide à mettre en œuvre, que de vouloir déclasser de nouvelles zones à bâtir au détriment de l’agriculture ou de la nature, ou de densifier toujours plus les zones à bâtir ! Et gageons aussi qu’après la douloureuse expérience de la fermeture brutale de la frontière et du confinement, une partie des Suisses que la crise du logement a fait élire domicile en France voisine auront envie de revenir au pays...

A ces 110'000 ETP correspondent environ 130'000 personnes physiques qui n’auront plus besoin de se déplacer de leur domicile à leur travail. Certes, ce type de déplacement ne représente (d’après le microrecensement de 2015) à Genève seulement 20% de l'ensemble des déplacements. Mais quel temps gagné pour chacune d’entre elles ! Et une décharge tout de même appréciable du réseau routier et des TPG, qui pourront alors mieux accueillir les personnes pour lesquelles le télétravail ne serait pas la solution.

Toujours selon le microrecensement -  avec ses chiffres datant d’il y a  5 ans, les déplacements habitat-travail sont effectués sur territoire genevois à raison de 30% en voiture (avec un taux moyen de remplissage de 1,1), de 10% par les deux-roues motorisés, de 27 % par les transports publics et de 33% par la mobilité douce. Soit par jour 2 fois 35'000 voitures, deux fois 13'000 motos et scooters et deux fois 35'000 passagers des TPG en moins (sur les quelque 600'000 transportés chaque jour = plus de 10%!) : pas mal du tout !

Seule ombre au tableau : le monde de l’informatique, clé de tout cela, est ni innocent ni virtuel. Aux différents enjeux liés à la gestion des données et aux modèles économiques appliqués, s’ajoute le poids environnemental dû aux matériaux rares et polluants dont est constitué notre parc informatique, et sa consommation d’électricité croissante. Mais grâce aux SIG qui vendent exclusivement de l’électricité certifiée d’origine renouvelable, le bilan écologique s’en allège d’autant.

Commentaires

  • Il y a une solution intermédiaire, des espaces de télétravail dans des quartiers de villes, villages.
    Il s'agit de créer un peu partout des postes pour le télétravail afin de les louer. L'avantage, est mettre à disposition du matériel adapté (plusieurs écrans, grand bureau), il y aurait l'entretien du matériel, les mis-à-jour, la sécurité. Et il y aurait même la possibilité de conseils.

    Sortir de chez soi, marcher 10 min pour aller rejoindre son poste de télétravail n'a pas plus de désavantage que de travailler chez soi.
    Oui, il faut des bureau. Mais outre que le télétravail demande une discipline et de la place chez soi, travailler et vivre dans le même lieu (appartement) a un impact psychologique négatif aggravé en plus par l'isolement.

    Le télétravail est écologiquement bon, mais pas sous l'angle humain. Je préfère ma solution intermédiaire qui supprime une partie de la circulation.
    Plus de dépressions parce que plus de télétravail, ce n'est pas la voie du futur. L'humain est un animal social, la solution doit en tenir compte.

  • Merci pour ce calcul remplit de bon sens et de logique:
    20 000 logements libérés (je n'ai pas vérifié le calcul, mais c'est un ordre de grandeur) par un simple changement de comportement montre combien nous étions conditionnés par une forme de développement quantitatif.
    Et ainsi Genève ne serait plus bétonnée par des promoteurs avides de créer une demande en élargissant l'offre de façon spéculative
    Une crise a très souvent le bienfait de nous remettre les pieds sur terre
    A faire circuler largement

  • Redescendez sur terre cher ami! Internet et le portable vont anéantir notre société en profondeur! Qui pourra encore vivre et se déplacer sans portable??? Il faut faire de la résistance, contre ce monstre toxique, qui en plus abrutis tous ceux qui l'on dans les mains toute la journée, plus de 90% de la population! Et le jour où il tombe en panne? Avez vous vu ces reportages édifiants qui nous montrent que le 98% des câbles internet internationaux sont sous marins, et sont en mains privées???? Sur youtube "les câbles sous marins d'internet"! C'est édifiant et diabolique! Internet est comme tout ce que nous faisons, fragile et peu fiable!

Les commentaires sont fermés.